Plus de 1 000 acteurs, réalisateurs et scénaristes s'opposent publiquement à une fusion à 111 milliards de dollars. Beaucoup travaillent pour l'un des deux studios concernés.

La lettre ouverte publiée dimanche sur le site BlocktheMerger.com ne manque pas de signataires prestigieux. Denis Villeneuve, qui prépare Dune 3 chez Warner Bros, a paraphé le texte. À ses côtés : Joaquin Phoenix, Glenn Close, Bryan Cranston, Ben Stiller, David Fincher et J.J. Abrams. Ce dernier dispose pourtant d'un contrat actif avec Warner via sa société Bad Robot. Lin-Manuel Miranda, David Chase (créateur des Sopranos), Yorgos Lanthimos, Jane Fonda, Emma Thompson, Kristen Stewart et Mark Ruffalo figurent parmi les 1 034 signataires. Chase développe actuellement un projet pour HBO.
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Plus de 1 000 personnalités d'Hollywood signent contre la fusion Paramount-Warner
L'initiative est coordonnée par deux organisations : Democracy Defenders Fund, dirigée par l'avocat Norm Eisen, et Committee for the First Amendment, cofondé par Jane Fonda. Les arguments avancés sont classiques : consolidation excessive, passage de cinq à quatre studios majeurs, disparition des films à budget moyen. La lettre dénonce aussi l'érosion de la distribution indépendante. La lettre insiste aussi sur les pertes d'emplois chez les techniciens, conducteurs et décorateurs.
L'ironie de la situation n'échappe à personne. Plusieurs signataires travaillent activement pour l'un des deux studios concernés. Critiquer un futur employeur potentiel relève soit du courage, soit du calcul. Dans tous les cas, le signal envoyé à David Ellison, patron de Paramount Skydance, est clair : Hollywood ne lui déroule pas le tapis rouge.
Bruxelles prépare un examen complexe
Aux États-Unis, le Département de la Justice a envoyé des assignations dans le cadre de son enquête antitrust. Le responsable par intérim de la division, Omeed Assefi, a déclaré que Paramount n'aurait « absolument pas » droit à une procédure accélérée. Le vote du conseil d'administration de Warner Bros Discovery est prévu le 23 avril. Mais le véritable mur réglementaire pourrait se dresser de l'autre côté de l'Atlantique.
La Commission européenne a déjà engagé des discussions préliminaires avec des tiers sur cette opération. Alice Enders, analyste chez Enders Analysis, résume la difficulté auprès du Hollywood Reporter : il ne s'agit pas d'une simple fusion de studios. L'opération superpose réseaux câblés et plateformes de streaming concurrentes : HBO Max, Discovery+, Paramount+, SkyShowtime. Le tout dans 27 États membres aux marchés télévisuels distincts.
La bataille entre Paramount et Netflix pour le rachat de Warner s'est conclue fin février. Mais l'examen européen pourrait durer bien plus longtemps que prévu. En 2025, la durée moyenne d'une enquête de phase II atteignait quinze mois. Les précédents médias restent toutefois plus rapides : Disney-Fox avait été approuvé en moins de deux mois, Amazon-MGM en cinq semaines.
Ce que ça change pour le calendrier
David Ellison a anticipé les frictions européennes. En janvier, il s'est rendu à Paris, Berlin et Londres pour rencontrer dirigeants politiques et figures du divertissement. Le UK Competition and Markets Authority a annoncé l'ouverture imminente d'une enquête formelle. L'Union internationale des cinémas (UNIC), qui représente les exploitants de 39 pays européens, a rencontré la Direction générale de la concurrence. Elle exige la préservation des fenêtres de sortie en salles.
Personne ne s'attend à ce que Bruxelles bloque l'opération. La vraie question porte sur les délais et les conditions. Chaque trimestre de retard au-delà du 30 septembre 2026 coûtera à Paramount environ 650 millions de dollars. Ces frais de compensation iront aux actionnaires de Warner. Le deal à 110 milliards n'est pas menacé, mais la facture pourrait s'alourdir.