Douze mètres de long, à peine deux kilogrammes et jusqu'à 350 kilomètres d'infrastructures critiques inspectées par jour : le HyLighter, drone dirigeable autonome à hydrogène de la start-up française HyLight, est l'alternative zéro émission à l'hélicoptère.

Ces dernières semaines, et notamment à VivaTech, le HyLighter n'est pas passé inaperçu. Avec ses douze mètres de long, ses deux kilogrammes à tout casser et la promesse de rendre l'inspection des infrastructures critiques plus rapide, plus propre et bien moins bruyante, le drone dirigeable gonflé à l'hélium se fait sa place entre le drone, trop peu endurant, et l'hélicoptère, coûteux et trop polluant. Installée à Brétigny-sur-Orge, la start-up développe et fabrique elle-même son ballon, capable de couvrir jusqu'à 350 kilomètres par jour, et qui convainc déjà la SNCF et Enedis. Rencontre avec Thomas Laporte, cofondateur et directeur commercial, qui nous a tout expliqué, sans retenue.
HyLight, la parfaite alternative aux drones et hélicoptères
Les lignes à haute tension, les gazoducs, les voies ferrées, ces infrastructures qui font tourner notre société, doivent être inspectées régulièrement et sur des distances vertigineuses. « En France, on doit faire entre 500 000 et 800 000 km d'inspection par an, sur nos infrastructures, nous apprend Thomas Laporte. À l'échelle de l'Europe, on parle de plusieurs millions de kilomètres. » Ce qui explique pourquoi l'hélicoptère s'est imposé comme la solution dominante depuis des décennies.
L'hélicoptère fait le job, certes. Mais à quel prix, et avec quelle empreinte ? Thomas Laporte a de quoi dire sur le sujet. « Les hélicoptères émettent une tonne de CO2 à l'heure de vol, ça fait énormément de bruit, ça fait paniquer les habitants et aussi les animaux. C'est un gros problème au niveau de la biodiversité », nous lâche-t-il. Coûteux, polluants, et sources de nuisances sonores pour riverains comme pour la faune, les hélicoptères traînent, il faut le dire, un bilan de plus en plus difficile à défendre à l'heure de la transition énergétique.
Et les drones classiques ? Ils ne font pas non plus l'affaire sur ces distances, mais pour une raison simple : ils manquent d'endurance. « Un drone, c'est 15 à 20 km par jour », résume Thomas Laporte. Remplacer un hélicoptère impliquerait de déployer une trentaine de petits aéronefs en parallèle, avec autant de pilotes et de capteurs, une opération pourrait grimper jusqu'à 200 000 euros. Ça ne veut pas dire que les drones sont inutiles, non, pour une éolienne par exemple, un pont ou une antenne de télécommunications, sur des sites de moins d'une vingtaine d'hectares, ils restent le bon outil. HyLight, vous allez voir, c'est un autre marché.
Un drone dirigeable de 12 mètres pour 2 kilos, capable d'inspecter 350 km d'infrastructures par jour
La réponse de HyLight, c'est le HyLighter, un drone dirigeable gonflé à l'hélium, capable de voler 8 à 10 heures par jour. « Avec un HyLighter, on est sur 150 à 200 km par jour en capacité et on va atteindre les 350 km par jour, en une dizaine d'heures de vol », promet Thomas Laporte. Pour se diriger, l'engin s'appuie sur des gyroscopes avant et arrière, d'ailleurs entièrement conçus par HyLight, qui s'orientent dans toutes les directions, y compris pour du vol stationnaire prolongé.
C'est à l'avant de l'appareil que se concentre toute la charge utile. Le HyLighter peut embarquer jusqu'à dix kilogrammes de capteurs, selon les missions. Pour l'énergie, il y a deux options avec, au choix, une batterie classique ou une pile à combustible hydrogène certifiée pour l'usage aérien, avec une bonbonne fabriquée en Italie et une pile à combustible conçue en Angleterre. Et la fierté de la maison, c'est son ancrage européen. « 80 % de ce que vous voyez sur le HyLighter est fait en Europe », souligne Thomas Laporte. L'enveloppe, son matériau, son assemblage : tout sort des hangars de Brétigny-sur-Orge. Qu'il s'agisse de son enveloppe, de son matériau ou de son assemblage, tout sort des hangars de Brétigny-sur-Orge. Les 20 % restants (moteurs, batteries de série et quelques puces) sont achetés sur étagère, principalement en Chine ou à Taïwan.
Les HyLighters, il y en a seize construits à ce jour, et quatre sont actuellement en opération. Au quotidien, ils quittent leur base en camion et sont déployés à plusieurs centaines de kilomètres. En ce moment, ses missions couvrent la Charente-Maritime, le Languedoc-Roussillon, la Provence et la Normandie. « Nos pilotes sont à Brétigny-sur-Orge en Île-de-France alors que le HyLighter est à plusieurs centaines de kilomètres », explique Thomas Laporte. Ils sont connectés par satellite et réseaux 4G/5G et veillent à la sécurité du vol tandis que d'autres opérateurs surveillent la qualité des données collectées en temps réel.

Du scanner laser au détecteur de gaz, les technologies embarquées dans le drone dirigeable de HyLight
Les capteurs embarqués sont au cœur du système. Parmi eux, le LiDAR, ce scanner laser déjà très utilisé dans l'aéronautique et la robotique, qui envoie des milliers d'impulsions lumineuses et reconstitue en trois dimensions l'infrastructure survolée, avec une précision de l'ordre du millimètre. Grâce à lui, on peut lire la courbure naturelle des câbles, mesurer la distance exacte entre un arbre et une ligne électrique, ou encore repérer un manque de ballast sous un rail. « On la voit vraiment en 3D, confirme Thomas. On est capable de voir typiquement la distance entre la végétation et la ligne électrique, les arbres qui pourraient tomber sur les caténaires », ces câbles d'alimentation électrique qui courent le long des voies ferrées. De quoi anticiper la maintenance bien avant qu'un incident ne dégénère.
Parmi les autres cas d'usage particulièrement sensibles, on peut citer la détection de fuites de méthane sur les gazoducs. « Le méthane, ça réchauffe la planète 28 fois plus fort que le CO2. Donc une tonne de méthane, c'est 28 tonnes de CO2 », rappelle sobrement le dirigeant. Pour le détecter, le HyLighter embarque des lasers qui mesurent en continu la concentration gazeuse sous l'appareil. « En direct, on voit s'il y a des pics de méthane, et s'il y en a, potentiellement ce sont des fuites. » Et de là peut découler une intervention des bons acteurs par la suite.
Thomas Laporte le redit, « on peut mettre une dizaine de kilos de capteurs sur le HyLighter et donc répondre à beaucoup de cas d'usage », ce qui prouve la modularité du HyLighter. Avec des caméras optiques haute résolution, des capteurs thermiques, du LiDAR, et des détecteurs de gaz, tout peut être combiné selon la nature de la mission. Les données sont ensuite traitées à l'aide d'un tableau de bord à intelligence artificielle, qui transforme les images brutes en alertes directement exploitables par les équipes au sol.
De la France à toute l'Europe, HyLight vise un horizon bien plus large
Le modèle économique de HyLight est intéressant. Pour le moment, l'entreprise ne vend pas ses engins. La start-up facture un service d'inspection au kilomètre, dont le tarif varie selon la nature de l'infrastructure et les données recherchées. « On est compétitif avec les hélicoptères aujourd'hui, on est déjà au même prix après 3 ans de commercialisation, donc on en est assez fiers », nous dit Thomas Laporte. En 2026, l'objectif dépasse les 20 000 kilomètres inspectés, avec une ambition de plusieurs centaines de milliers pour 2027.

Et quid de demain ? Les villes sont dans le viseur de HyLight. L'idée pourrait être de faire voler le HyLighter à une cinquantaine de mètres pour cartographier thermiquement les bâtiments depuis les airs. « HyLight pourrait détecter toutes les passoires thermiques, du moins sur les toits de Paris, en une nuit », avance notre interlocuteur. Un usage qui colle parfaitement aux enjeux de rénovation énergétique, et pour lequel la start-up se dit prête à collaborer avec toutes les métropoles volontaires.
Derrière tout ça, il ne faut pas oublier aussi l'urgence de la situation d'infrastructures vieillissantes. Thomas Laporte nous fait une petite piqure de rappel. « En Europe, 60 % des lignes électriques ont dépassé leur durée de vie. Construire 1 000 km de lignes électriques, ça coûte un milliard d'euros. » Refaire les dix millions de kilomètres de lignes européennes serait impensable. Mieux vaut les entretenir. Avec 36 salariés, le soutien de Y Combinator et des clients comme SNCF, Enedis ou Terega, HyLight entend bien saisir l'opportunité de la énergétique. La start-up dit recruter des ingénieurs et techniciens de toutes nationalités européennes. Nul doute que là-dessus, il ne manquera pas de travail ces prochaines années.