Selon le New York Times, Meta préparerait « Arena », une application de marchés de prédiction pour concurrencer Polymarket. Ce serait la nouvelle déclinaison d'une stratégie éprouvée : observer ce qui marche, déployer à la même échelle.

 © Shutterstock
© Shutterstock

Depuis le milieu des années 2010, Meta a fait de l'adaptation des formats émergents l'un de ses principaux leviers de croissance (ou, selon le point de vue qu'on préfère adopter, l'un de ses talents les plus constants). Les Stories, inventées par Snapchat en 2013, ont été reprises par Instagram en 2016 et ont largement contribué à freiner le développement du réseau au fantôme. Les Reels, lancés sur Facebook et Instagram pour neutraliser TikTok, représentent selon Meta 200 milliards de vues quotidiennes sur ses applications. Threads, sorti en juillet 2023 pour capter les utilisateurs déçus par la gestion d'X sous Elon Musk, revendique désormais 500 millions d'utilisateurs mensuels. Le New York Times révèle que Mark Zuckerberg aurait demandé à ses équipes de développer « Arena », une application de marchés de prédiction destinée à concurrencer Polymarket et Kalshi.

Arena : des points façon jeu vidéo pour commencer, de l'argent peut-être ensuite

L'application utiliserait dans un premier temps un système de points à la manière d'un jeu vidéo plutôt que de l'argent réel, et fonctionnerait séparément de Facebook et Instagram. Meta n'a pas confirmé l'information, qui repose sur le seul New York Times. L'extrapolation à « 3 milliards d'utilisateurs » que certains relais ont reprise reflète l'audience agrégée des applications Meta, pas un engagement de déploiement global : autant traiter ce chiffre pour ce qu'il est, une projection fondée sur l'audience existante, pas sur les conditions réelles d'un lancement.

Un système de points sans valeur monétaire directe n'est pas qu'une précaution ludique. En France, Polymarket est de facto inaccessible depuis que l'Autorité nationale des jeux (ANJ) a estimé que la plateforme s'apparente à un jeu d'argent soumis à licence. Seuls les paris hippiques et sportifs, le poker et les loteries encadrées sont autorisés en ligne dans l'Hexagone. Une mécanique de points sans valeur d'échange réelle tomberait vraisemblablement hors du périmètre de l'ANJ, et permettrait à Meta d'adresser un marché que son principal concurrent ne peut pas toucher légalement.

Comment Meta copie pour mieux dominer, et pourquoi Arena bénéficierait d'un avantage structurel

La logique d'Arena est cohérente avec l'historique de Meta sur chaque nouveau format : identifier une plateforme en croissance rapide, attendre que le marché valide le concept, puis déployer son propre équivalent sur une base d'utilisateurs déjà immense. Polymarket s'est imposé comme référence des marchés prédictifs pendant les élections américaines de 2024 et 2025, malgré plusieurs affaires de délits d'initié et des accusations d'influenceurs payés pour simuler de faux gains. Ces controverses n'ont pas tué Polymarket, et gageons que Mark Zuckerberg les suit de près pour prévenir le même type d'affaires.

L'avantage structurel de Meta sur Polymarket serait considérable : une base préexistante de plusieurs milliards de comptes, une infrastructure publicitaire capable de monétiser l'engagement généré par les pronostics, et des équipes de modération rodées au contenu à risque. L'inconvénient symétrique est réel : en tant que très grande plateforme en ligne au sens du DSA, Meta serait soumise à des obligations de transparence algorithmique que Polymarket, dont l'implantation au Panama lui a permis jusqu'ici de naviguer dans le flou réglementaire, n'a jamais connues. Les deux contraintes se compensent partiellement, mais dans des directions différentes selon le marché ciblé.

Si Arena voit le jour sous un système de points exempt de valeur monétaire, Meta deviendrait paradoxalement la première plateforme de marchés de prédiction légalement accessible en France, là où Polymarket reste bloqué par l'ANJ depuis 2024.