Une enquête du Wall Street Journal révèle qu'au moins dix créateurs de contenu ont publié plus de 1 100 vidéos mettant en scène des paris fictifs, pour un total annoncé de 1,9 million de dollars.

La plateforme de paris basée sur des prédictions, Polymarket, se retrouve au cœur d'une nouvelle controverse. Selon une investigation publiée par le Wall Street Journal, l'entreprise aurait rémunéré un réseau d'influenceurs pour qu'ils simulent de fausses victoires sur des paris. Ils auraient en fait utilisé des sites web factices, pensés pour imiter l'interface réelle de la plateforme, trompant ainsi les utilisateurs.
Des mises en scène soigneusement orchestrées
L'un des cas documentés illustre bien le procédé. En janvier dernier, l'influenceur George Makihara publie une vidéo dans laquelle il semble parier 100 000 dollars sur le fait que Donald Trump prononcerait le mot "McDonald's" au cours du mois. La vidéo se conclut sur une scène de célébration, laissant entendre qu'il a remporté la mise après que Trump aurait mentionné l'enseigne à la télévision. Déjà, par le passé, un ingérieur de Google avait été inculpé pour pari frauduleux.

Mais non, Trump n'a jamais prononcé ce mot à l'antenne en janvier. Plus de cinquante véritables utilisateurs avaient placé ce même pari ce mois-là, et tous ont évidemment perdu. Makihara avait filmé sa séquence sur un clone fictif de la plateforme Polymarket, par ailleurs interdite en France, avant d'y intégrer des images de Trump datant de plusieurs mois.
Les journalistes ont passé en revue 1 105 vidéos publiées par dix créateurs entre décembre 2025 et mi-mai 2026. Environ 70 % d'entre elles mettaient en scène un pari, aucun n'étant réel. Dans 118 de ces vidéos, les influenceurs vantaient près de 900 000 dollars de gains inventés, alors que les mêmes positions auraient généré des pertes supérieures à 166 000 dollars sur les marchés réels.
Des indices assez flagrants
Plusieurs éléments auraient pu alerter les spectateurs. Les enquêteurs ont relevé l'utilisation de séquences vidéo obsolètes, d'URL factices, dont une adresse "poiymarket.com", conçue pour ressembler au vrai site lorsque la lettre "i" est affichée en majuscule, ainsi que des interfaces qui semblaient correspondre à des environnements de test internes utilisés par les développeurs de Polymarket.
Certaines vidéos ont par ailleurs disparu peu après que les journalistes ont commencé à poser des questions.
Un arrangement rémunéré, peu ou pas divulgué
Polymarket a reconnu auprès de Politico rémunérer des influenceurs pour mentionner la plateforme, mais beaucoup ne signalaient pas clairement le caractère sponsorisé de leurs publications.
Certains créateurs auraient reçu des instructions précises sur la façon d'utiliser les sites factices. Ils étaient payés entre 2 000 et 3 000 dollars par mois et auraient été informés de ne pas divulguer cet accord. Plusieurs d'entre eux n'ont ajouté la mention "@polymarket partner" à leur biographie qu'après les premières sollicitations des journalistes.
L'un des influenceurs impliqués a comparé la pratique à celle des publicités alimentaires, où la nourriture présentée est stylisée ou artificielle : visuellement convaincante, mais pas représentative du produit réel. Au moins c'est clair, lui-même sait qu'il vend de beaux espoirs, qui ne se concrétisent pas toujours.
Source : TechSpot