Le Français Ethylowheel a présenté à VivaTech l'EthyloKey, un porte-clés connecté réutilisable qui mesure l'alcoolémie en vingt secondes par simple contact cutané. Son taux d'erreur de 5 % surpasse les éthylotests vendus en grande surface.

Julie Bruguière nous présente l'EthyloKey. © Alexandre Boero / Clubic
Julie Bruguière nous présente l'EthyloKey. © Alexandre Boero / Clubic

Julie Bruguière, cofondatrice d'Ethylowheel, la start-up que le grand public a découverte dans Qui veut être mon associé sur M6, présente cette année à VivaTech l'EthyloKey, un objet d'à peine 25 grammes, rechargeable par induction, capable de remplacer l'éthylotest traditionnel grâce à l'analyse des gaz émis par la peau. Derrière ce concept assez élégant, qui fait facilement office de porte-clés, on retrouve cache une technologie faite de capteurs de précision et d'intelligence artificielle, qui affiche des résultats aussi fiables, voire plus, que les éthylotests qu'on peut retrouver dans le commerce.

Avec plus de 2 000 unités vendues dans 60 pays, 300 000 euros de chiffre d'affaires sur le seul premier trimestre 2026 et une levée de fonds en cours, la start-up tricolore a convaincu bien au-delà de ses frontières. Prix, fonctionnement, technologie, réglementation et futur, on vous dit tout.

Ethylowheel propose un porte-clés connecté plus fiable que les éthylotests des forces de l'ordre

Ingénieure en chimie et biologie de 30 ans, Julie Bruguière raconte, parce qu'on connaît tous quelqu'un qui connaît quelqu'un, que la perte de camarades de lycée liée à l'alcool au volant est ce qui a orienté sa démarche. « C'est la première cause de mortalité chez les jeunes », rappelle-t-elle. Avec son associé Jaime, ils participent à un concours de la sécurité routière française, ne le remportent pas, mais décrochent en 2020 un fonds innovation en quatre versements, qui finance la recherche et développement jusqu'à fin 2023. La start-up est depuis accompagnée par IncubAlliance Paris-Saclay, l'incubateur public.

Comment Ethylowheel propose-t-elle de tester son alcoolémie juste avec son doigt ? En fait, la technologie repose sur un phénomène biologique méconnu du grand public. Lorsqu'on consomme de l'alcool, celui-ci est éliminé par quatre voies, à savoir le foie, les reins, les poumons… et la peau. « Il y a une quantité qui va être éliminée par toute notre peau », explique Julie Bruguière. L'EthyloKey capte ces gaz cutanés et les corrèle à l'alcoolémie sanguine, grâce à un assemblage de capteurs de gaz, de température et d'humidité, traités en temps réel par une intelligence artificielle.

Pour valider leur algorithme, les fondateurs ont collaboré avec le CNRS : d'abord en recréant en laboratoire l'élimination cutanée de l'alcool, puis en testant le capteur sur des volontaires dans un cadre quasi clinique. Le verdict est, comme on dit, sans appel, avec un taux d'erreur de 5 %, inférieur aux 8 % admis pour les éthylotests des forces de l'ordre, et nettement en dessous des 20 % tolérés pour ceux vendus en grande surface. « On est vraiment sur quelque chose qui est bien plus fiable », affirme la jeune dirigeante.

Vingt secondes et trois couleurs pour savoir si vous pouvez prendre le volant

En pratique, le test dure exactement 20 secondes, nous avons pu l'éprouver. « On ne peut pas réduire ce temps-là, puisque c'est le temps que les vapeurs se concentrent autour du capteur », explique Julie Bruguière. Le résultat s'affiche via un code couleur universel, qui est vert si l'on est sous 0,2 g/L d'alcool dans le sang, orange entre 0,2 et 0,5 g/L (sous la limite légale pour un conducteur classique, mais déjà au-delà pour un jeune permis), et rouge au-delà de 0,5 g/L.

Les couleurs de l'EthyloKey. © Capture d'écran
Les couleurs de l'EthyloKey. © Capture d'écran

La start-up a également développé l'Ethylo App pour enrichir l'expérience. Sur cette application, on peut consulter l'historique de ses tests, estimer le délai avant de reprendre le volant et s'essayer à des tests de réflexes. La fonctionnalité star reste le mode soirée, qui permet de créer les profils de ses amis et de les tester tout au long de la nuit pour s'assurer que le conducteur désigné reste sobre. C'est d'ailleurs lors de tests sauvages menés autour de Station F que le mode orange dont nous parlions un peu plus haut a vu le jour. Les utilisateurs se montraient frustrés d'obtenir un vert alors qu'ils savaient avoir déjà bu.

Alors l'EthyloKey, combien ça coûte ? Le produit est proposé à 135 euros. Est-ce cher ? En apparence, peut-être, mais poussons la réflexion un peu plus loin. « Si on le ramène à sa durée de vie de 5 ans, ça revient finalement à un peu moins de 3 euros par mois », calcule Julie Bruguière. Sans oublier que l'objet se partage entre amis, contrairement aux éthylotests jetables vendus 2 à 3 euros l'unité en hypermarché, qui polluent particulièrement. Notons que l'appareil se recharge par induction en une heure. Les premières livraisons débuteront en septembre-octobre 2026. Presque demain.

EthyloKey pourra bientôt détecter le cannabis avec une simple mise à jour firmware

L'alcool n'est qu'un premier terrain de jeu. Grâce à la souplesse de son architecture matérielle, Ethylowheel prévoit d'ajouter, via de simples mises à jour firmware, la détection du cannabis, de la cocaïne et d'autres substances, sans changer le moindre composant physique. Les clients ayant déjà précommandé un exemplaire en bénéficieront directement. Les ambitions médicales vont plus loin encore puisque ce nez électronique, selon l'expression de Julie Bruguière, pourrait un jour signaler de façon précoce une hypoglycémie ou une crise d'épilepsie imminente.

Voici l'EthyloKey. © Alexandre Boero / Clubic

Puis arrive la question réglementaire, que nous souhaitions aborder. Et chez Ethylowheel, on nous fait comprendre que la route reste longue. L'entreprise dispose aujourd'hui d'un marquage CE classique, mais elle vise le statut de dispositif médical, qui lui ouvrirait les portes des pharmacies et des forces de l'ordre. Voilà qui nous ramènerait presque aux origines de Withings, autre entreprise française, que certains avaient du mal à prendre au sérieux à ses débuts. En tout cas, un protocole de validation est déjà prêt, en partenariat avec le réputé hôpital de la Timone, à Marseille. « Il n'y a plus qu'à mettre l'argent sur la table », dit Julie Bruguière. La start-up est également en contact avec le ministère des Transports depuis l'affaire Johanna, ce drame de début 2025 où une fillette avait perdu la vie dans un accident de bus causé par un chauffeur alcoolisé et drogué.

Pour financer ses ambitions, Ethylowheel recherche 1 million d'euros aujourd'hui. La start-up, qui produit fièrement en Bretagne, peut s'appuyer sur de belles fondations avec une présence dans 60 pays dont les États-Unis, le Canada, l'Australie et le Royaume-Uni, et des discussions avancées avec des distributeurs canadiens et japonais. « On a plus qu'à appuyer sur la pédale d'accélérateur », lance Julie Bruguière, convaincue d'avoir déjà prouvé que son marché existe, et qui espère désormais que la France saura lui accorder une chance de percer le mur réglementaire.