La suspension surprise des modèles d'intelligence artificielle Anthropic Fable 5 et Mythos 5 fait craindre la menace d'un autre kill switch. En France, c'est un vrai signal d'alarme pour le Conseil de l'IA et du Numérique, qui appelle à réagir.

En coupant brutalement l'accès aux outils d'Anthropic les plus avancés, à savoir ses grands modèles de langage Fable 5 et Mythos 5, l'administration Trump a redéfini d'un coup d'un seul les règles de la géopolitique numérique mondiale. Le Conseil de l'IA et du Numérique alerte et explique que l'Europe doit impérativement maîtriser ses propres infrastructures de supercalcul et retenir ses chercheurs d'élite pour garantir sa souveraineté et éviter la marginalisation.
Comment le duel entre les États-Unis et la Chine prend l'Europe en otage via Fable 5 et Mythos 5
Le 12 juin, les utilisateurs non-américains ont vu les vannes d'Anthropic se fermer sans préavis. Sur injonction de Washington, l'accès aux puissants modèles Fable 5 et Mythos 5 a été suspendu pour des raisons officielles de sécurité nationale. Cette décision matérialise en fait une menace toujours plus brandie ces derniers, celle d'un « kill switch », capable de déconnecter numériquement et instantanément des nations entières. Le Conseil de l'IA et du Numérique définit le kill switch comme « la désactivation immédiate et de manière contrôlée de tout ou partie d’un système, d’une application ou d’un service numérique. »
Cette rupture historique majeure est un tournant évidemment très agressif dans l'histoire moderne des technologies. Jusqu'ici, cette guerre froide tech se focalisait plutôt discrètement sur le matériel physique, comme les puces NVIDIA. En bloquant directement ses logiciels les plus avancés, le gouvernement américain qualifie désormais ouvertement les grands modèles de langage d'actifs stratégiques nationaux strictement réservés.
Ce protectionnisme vise à contrer la Chine et éviter un nouveau « moment DeepSeek ». En bridant Fable 5, le pays de l'Oncle Sam veut empêcher les laboratoires chinois de piller son savoir par distillation, une méthode qui vise à cloner un modèle enseignant pour créer un modèle élève. L'Europe se retrouve ainsi prise en otage de ce duel.

L'Europe doit impérativement financer ses propres modèles d'intelligence artificielle
Pour le Conseil de l'IA et du Numérique, la riposte à un tel blocus doit activer de puissants leviers publics et privés pour imposer l'indépendance technologique du Vieux continent. L’Europe ne peut plus se contenter de consommer aveuglément les intelligences artificielles développées à l'étranger sans créer ses propres solutions. Il devient impératif de doper la commande publique et de pousser nos industriels à acheter européen grâce à des incitations fiscales bien ciblées. Surtout, abandonner la recherche sur les modèles de frontière, donc ces IA de pointe ultra-avancées et cruciales pour notre cybersécurité comme le système Mythos, constituerait une vulnérabilité stratégique majeure qui nous laisserait sans défense
Le salut européen passera aussi par le contrôle des infrastructures de calcul. Si les usines d'IA comme « Alice Recoque » en France se construisent, la vigilance reste de mise. L'hébergement sur notre sol ne protège pas nécessairement d'un blocus logiciel américain, il faut en avoir conscience. Du point de vue du Conseil, cette puissance doit ainsi profiter directement aux véritables alternatives européennes, et non aux géants d'outre-Atlantique.
Enfin, la bataille se jouera sur le terrain crucial des cerveaux et des compétences. Les restrictions américaines pénalisent durement les ingénieurs étrangers, ce qui offrent une opportunité d'attraction inédite pour nos laboratoires nationaux. Mais la France accuse un certain retard et doit proposer de vrais projets frontières. Peut-être que les annonces de ce mardi matin changeront la donne.