Le Royaume-Uni interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans dès le printemps 2027. TikTok, Instagram, Snapchat, YouTube, Facebook et X sont visés. Une mesure que Keir Starmer présente comme « la ligne dans le sable » face aux géants du numérique.

© Shutterstock
© Shutterstock

Alors qu’Emmanuel Macron semble très confiant sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans à partir de septembre, le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé ce lundi une interdiction totale des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, avec une entrée en vigueur prévue au printemps 2027. Sur le papier, la mesure va plus loin que le modèle australien, entré en vigueur en décembre 2025 : au-delà du simple blocage des plateformes, Londres s’attaque aussi aux mécaniques addictives, aux chatbots IA et aux contacts avec des inconnus dans les jeux vidéo. Ce que le gouvernement appelle lui-même une approche « Australia-plus ». La législation doit être présentée au Parlement avant les vacances de Noël 2026, selon The Verge.

Les réseaux sociaux interdits aux moins de 16 ans : ce que couvre vraiment la loi

TikTok, Instagram, Snapchat, YouTube, Facebook et X : toutes les grandes plateformes dites « utilisateur à utilisateur » sont dans le viseur. Le critère retenu est celui des services « dont la finalité est de permettre l’interaction sociale et qui autorisent les utilisateurs à publier du contenu ». WhatsApp et Signal, en revanche, ne sont pas concernés, une distinction qui mérite d’être notée, tant la frontière entre messagerie et réseau social est de plus en plus floue pour les adolescents.

De mon temps, on jouait aux POG. © Shutterstock
De mon temps, on jouait aux POG. © Shutterstock

Le périmètre va au-delà des seuls réseaux sociaux. Les plateformes de jeux vidéo et de livestreaming devront également bloquer les contacts avec des inconnus pour les moins de 16 ans. Les chatbots à vocation romantique ou sexuelle seront réservés aux majeurs, et les fonctionnalités « intimes » des IA génériques devront être désactivées pour les moins de 18 ans. Pour éviter un « effet falaise » à 16 ans, ces restrictions resteront actives par défaut jusqu’à 17 ans. Le gouvernement examine par ailleurs des couvre-feux numériques nocturnes et des interruptions forcées du scroll infini pour les moins de 18 ans, avec des précisions attendues en juillet.

La vérification d’âge : le vrai défi technique

C’est là que le bât blesse. Le gouvernement a mandaté le régulateur Ofcom pour mener une étude rapide sur les méthodes de vérification d’âge : scan facial, carte d’identité, données bancaires. Ces outils existent déjà sous l’Online Safety Act pour bloquer l’accès aux contenus pornographiques, mais leur efficacité reste très relative. En Australie, six mois après l’entrée en vigueur de la loi, 70 % des parents déclaraient que leurs enfants étaient toujours présents sur les plateformes concernées. Des adolescents ont même contourné certains systèmes de reconnaissance faciale avec une simple fausse moustache dessinée au marqueur.

© Meta

Le gouvernement britannique dit vouloir rendre les contournements « bien plus difficiles » qu’outre-Pacifique, sans préciser comment. Les plateformes, elles, jouent la montre : Meta, YouTube et Snapchat ont tous réagi en avertissant que l’interdiction risquait de pousser les jeunes vers des espaces moins régulés. Ce n’est pas faux. Mais c’est aussi exactement l’argument que ces mêmes entreprises avancent depuis des années pour éviter toute contrainte réelle. La consultation publique ayant précédé l’annonce a recueilli plus de 116 000 réponses, avec 90 % des parents favorables à la limite d’âge de 16 ans. Le mouvement dépasse largement le Royaume-Uni : l’Australie, la France, l’Espagne, le Canada et le Danemark travaillent tous à des législations similaires.

Reste la question que personne ne tranche vraiment : une interdiction légale change-t-elle les usages, ou déplace-t-elle simplement le problème vers des plateformes sans modération ? Ce que cette loi dit clairement, en revanche, c’est que les gouvernements ont définitivement perdu patience avec les promesses d’autorégulation des géants du numérique.