Alors que SpaceX s'apprête à entrer en Bourse, l’Inde, premier marché mondial par sa population et l’un des plus grands déserts numériques de la planète, vient de geler les autorisations dont Starlink a besoin pour y lancer ses opérations commerciales. Et ce n’est pas anodin.

Car Starlink, le service de connexion par satellite de SpaceX, représente 61 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, soit 11,4 milliards de dollars en 2025. Si les promesses de data centers orbitaux et de colonisation martienne attirent les investisseurs, le service est pour l’heure l’un des seuls piliers tangibles de l’empire du géant spatial.
Problème, la Chine, qui compte 1,4 milliard d’habitants, lui est fermée pour des raisons évidentes de géopolitique. Et voilà que l’Inde, 1,45 milliard d’habitants et l’un des plus grands marchés haut débit sous-desservis du monde, vient à son tour de mettre le frein. Le timing ne pouvait pas être pire.
L’indépendance de Starlink pose question
SpaceX avait pourtant bien avancé ses pions et décroché une licence d’exploitation dans le pays en 2025, succédant à des années de lobbying auprès de New Delhi. L’entreprise a déployé une dizaine de stations sur le territoire, dont un site central à Mumbai, a soumis des affidavits aux autorités, et organisé des démonstrations de sécurité devant les régulateurs télécoms. Un lancement commercial semblait donc imminent.
Mais la guerre en Iran a redistribué les cartes. Des terminaux Starlink ont en effet été utilisés lors du conflit et ce, sans autorisation. De quoi soulever une question fondamentale en Inde : peut-on réellement exercer un contrôle sur un réseau détenu par un opérateur américain, lorsque des tensions géopolitiques génèrent des injonctions contradictoires entre gouvernements ?
Le ministère de l’Intérieur indien a finalement retenu les autorisations finales en attendant une réponse satisfaisante. D’autant que l’Iran n’est pas une première. En 2022, des forces ukrainiennes se sont retrouvées coupées de Starlink après une décision unilatérale d’Elon Musk.

Un signal préoccupant
Starlink repose sur une infrastructure satellitaire dont le coût est fixe : les milliers de satellites en orbite coûtent le même prix qu’ils servent 10 ou 100 millions d’abonnés. La croissance du nombre d’utilisateurs est donc vitale : chaque nouvelle souscription améliore la rentabilité du réseau. Et l’Inde représente précisément une opportunité de croissance massive.
Car en parallèle, le revenu moyen par abonné est en chute libre : 99 dollars par mois en 2023, 81 dollars en moyenne sur 2025, puis 66 dollars fin mars 2026. SpaceX sacrifie la marge unitaire pour gagner en volume, un pari qui ne fonctionne que si les abonnés affluent en nombre suffisant. Et la concurrence s’organise, avec l’arrivée prochaine d’Amazon Leo qui va user de son écosystème tentaculaire pour s’imposer.
À quelques heures de l'introduction en Bourse, la réticence de l’Inde peut donc être perçue comme un très mauvais signal pour SpaceX, qui devrait malgré tout réaliser une opération historique. Il faudra, malgré tout, garder un œil sur les avancées de cette affaire.
Sources : Bloomberg, TechCrunch