Selon le FBI, le MI5 et trois agences partenaires, des officiers du renseignement militaire chinois se font passer pour des recruteurs sur des plateformes professionnelles pour approcher des militaires et des fonctionnaires des pays alliés. Certains ont dû répondre de leurs actes devant les tribunaux.

Le poste est alléchant : de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars par rapport, versés via PayPal, Western Union ou des cryptomonnaies. Au taux actuel, entre 460 et 920 euros pour la fourchette tarifaire d’entrée - ©Mijansk786 / Shutterstock
Le poste est alléchant : de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars par rapport, versés via PayPal, Western Union ou des cryptomonnaies. Au taux actuel, entre 460 et 920 euros pour la fourchette tarifaire d’entrée - ©Mijansk786 / Shutterstock

Des officiers du renseignement militaire chinois se font passer pour des recruteurs sur LinkedIn, Indeed et Upwork pour attirer des personnes ayant accès à des informations sensibles vers la rédaction de rapports rémunérés. Le bulletin Safeguarding Our Secrets réunit pour la première fois les cinq agences partenaires, l’ASIO australienne, le SCRS canadien, le FBI américain, le MI5 britannique et le NZSIS néo-zélandais. Il documente une opération en plusieurs étapes, avec des conséquences allant jusqu’à des poursuites judiciaires.

Des CV passés au crible avant le premier contact

Il n’est pas rare de voir passer des annonces d’emploi pour analystes en politique étrangère ou en défense, postées sur ce type de plateformes. Rien d’alarmant à ce stade, donc.

Mais ce qu’on ignore de l’autre côté de l'océan, c'est que les CV reçus sont classés selon la probabilité d’accès à des informations sensibles. L’entretien a lieu ensuite virtuellement, avec un recruteur dont l’identité reste dissimulée. Un militaire peut y être interrogé sur son rôle, les activités de son unité, sa base d’affectation ou son navire. D’abord un rapport d’essai, sur les relations bilatérales de la Chine, la région Indo-Pacifique ou le commerce international. Puis le recruteur indique que le client attend des informations plus confidentielles, et propose de poursuivre l’échange vers une messagerie chiffrée.

Le poste est alléchant : de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars par rapport, versés via PayPal, Western Union ou des cryptomonnaies. Au taux actuel, entre 460 et 920 euros pour la fourchette tarifaire d’entrée.

Pourtant, certaines données transmises dans ce cadre peuvent mettre en danger des militaires en première ligne, rappelle le MI5. On parle de pertes d'emploi, d'habilitations révoquées et même de personnes poursuivies pénalement.

Premier avertissement public commun des cinq membres des Five Eyes, ce bulletin vise à obtenir, côté chinois, des renseignements militaires, politiques et économiques capables de donner à Pékin un avantage stratégique sur ses adversaires - ©DC Studio / Shutterstock
Premier avertissement public commun des cinq membres des Five Eyes, ce bulletin vise à obtenir, côté chinois, des renseignements militaires, politiques et économiques capables de donner à Pékin un avantage stratégique sur ses adversaires - ©DC Studio / Shutterstock

Des journalistes et universitaires dans le même filet que les militaires

Il ne faut pas nécessairement détenir un secret d'État pour intéresser les recruteurs fictifs. Titulaires d'habilitations en défense, militaires déployés en Indo-Pacifique, mais aussi universitaires, journalistes et rédacteurs indépendants, tous sont cités dans le bulletin comme cibles potentiellement intéressantes par la Chine. Avec une infime information, combinée à d'autres rapports, un acteur étranger peut nuire, avertit le SCRS canadien. En 2022, un groupe de réflexion français a intéressé des espions chinois, non pas qu'il détenait un secret d'État, mais produisait des analyses géopolitiques stratégiques.

Premier avertissement public commun des cinq membres des Five Eyes, ce bulletin vise à obtenir, côté chinois, des renseignements militaires, politiques et économiques capables de donner à Pékin un avantage stratégique sur ses adversaires. Dan Jarvis, ministre britannique de la Sécurité, a appelé les cibles potentielles à rester vigilantes face aux sollicitations en ligne suspectes. Du côté chinois, l'ambassade à Londres a rejeté l'ensemble des accusations, les jugeant sans fondement.

Source : Bloomberg (accès payant)