À l'approche de la Coupe du monde 2026, beaucoup d'entre nous regardent du côté des grands téléviseurs ou des barres de son, afin d'améliorer leur installation avant la compétition. D'autres, manifestement, ont une vision beaucoup plus radicale de la question.

Cette installation va beaucoup plus loin qu'un simple home cinéma. © Mark Hardy
Cette installation va beaucoup plus loin qu'un simple home cinéma. © Mark Hardy

Au Royaume-Uni, dans le Hertfordshire, le Buzzards Road Home Cinema pousse le concept du match à domicile à un niveau difficile à qualifier autrement que d'extrême. Écran de 145 pouces, projection 4K, son Dolby Atmos 9.4.4, intégration domotique complète et même un « Football Mode » activable d'un seul bouton.

Cette salle privée, conçue par IndigoZest et Cinema Luxe, a remporté deux prix aux CEDIA Smart Home Awards 2025. Elle mérite qu'on s'y attarde, non pas parce qu'elle est accessible (elle ne l'est clairement pas) mais parce qu'elle dit quelque chose d'intéressant sur l'évolution du home cinéma haut de gamme.

Une salle pensée pour recevoir, pas seulement pour regarder

Le point de départ du projet était en réalité beaucoup plus banal. Le propriétaire voulait initialement un grand écran LED visible depuis la salle de sport adjacente, le genre de solution pratique qui semble bonne sur le papier jusqu'à ce qu'on la soumette à un acousticien ! Après une visite dans le showroom d'IndigoZest, tout a été revu. La gym et le cinéma ont été séparés, et une vraie salle de projection a pris forme.

© Mark Hardy

Le résultat n’a pas grand-chose à voir avec une salle obscure classique, où quelques fauteuils sont alignés face à l’écran. Ici, la pièce a été pensée pour accueillir du monde, avec un premier rang placé en contrebas, de l’espace pour circuler et un bar installé à l’arrière. Toute la partie technique est aussi largement dissimulée : les enceintes, le traitement acoustique et même le projecteur disparaissent derrière les finitions. L’idée n’est donc pas de transformer la pièce en un showroom comme un autre, mais d’en faire une vraie salle de réception, capable aussi de proposer une expérience cinéma très haut de gamme.

Ce que ça donne techniquement

Côté image, l’installation repose sur un projecteur laser 4K natif signé Sony associé à un écran acoustiquement transparent Control4 Dragonfly Fixed Ultra AcoustiWeave de 145 pouces. Le détail est loin d’être anodin : les enceintes frontales LCR sont placées derrière la toile, comme dans une vraie salle de cinéma, ce qui permet au son de provenir directement de l’image. Quand la foule gronde, que les commentateurs s’emballent ou qu’un ballon file vers la surface, la scène sonore reste donc ancrée dans l’action, plutôt que de sembler sortir d’un meuble placé sous l’écran.

© Mark Hardy

La partie audio est encore plus spectaculaire. La salle repose sur une configuration Dolby Atmos 9.4.4, soit neuf canaux principaux, quatre caissons de basses et quatre canaux en hauteur. L’installation s’appuie surtout sur du matériel Artcoustic, avec des enceintes murales Spitfire A10, des moniteurs trois voies SL 2-1, des enceintes de plafond SL Architect PAS SPL, mais aussi deux Spitfire Sub 3 et deux Sub 2 pour le grave. De quoi donner un tout autre relief aux ambiances de stade, où la clameur du public, les annonces, les réactions collectives et les effets de spatialisation jouent un rôle énorme dans l’immersion.

Voici à quoi ressemble les enceintes Spitfire A10 de chez Artcoustic. © Artcoustic
Et le SUB 3. © Artcoustic

Toute cette partie audio est pilotée par une électronique elle aussi très sérieuse, avec un amplificateur numérique Artcoustic CPH1000D, un ampli de puissance Anthem MCA 325 v2 et un ampli home cinéma Anthem MRX 1140 v2, compatible Dolby Atmos. À cela s’ajoute un lecteur Kaleidescape Strato 4K UHD, davantage destiné aux séances cinéma qu’aux matchs, mais qui confirme le niveau très haut de gamme de l’installation. On n’est donc pas face à un simple grand écran accompagné de quelques enceintes discrètes : Buzzards Road a été pensé comme une vraie salle privée, où l’image, le son, l’acoustique et l’intégration fonctionnent ensemble.

Le "Football Mode", ou la domotique au service du match

Le détail le plus parlant reste sans doute le « Football Mode ». Via un système Control4, un seul bouton permet de basculer la salle dans une configuration dédiée au football : choix de la bonne source vidéo, gestion de l’ambiance lumineuse, diffusion dans la salle principale, mais aussi dans d’autres zones de la maison. L’installation a d’ailleurs été pensée autour d’un usage très concret, celui de son propriétaire, supporter de Newcastle United, et non comme une simple démonstration de fonctionnalités domotiques.

© Mark Hardy

C’est ce qui rend le projet plus intéressant qu’un empilement de matériel très haut de gamme. Comme le souligne Paul Laventure, Client Director chez IndigoZest, les grands événements sportifs reposent d’abord sur une expérience partagée. Le rôle de la technologie n’est donc pas seulement d’afficher une grande image ou de faire trembler les murs, mais de faciliter cette expérience collective, sans obliger à jongler avec trois télécommandes ou à quitter complètement le match dès que l’on sort de la salle.

Le système va même jusqu’à mettre automatiquement le contenu en pause lorsque quelqu’un sonne au portail. C’est le genre de détail qui paraît presque absurde sur le papier, jusqu’au soir d’un quart de finale où quelqu’un arrive en retard pile au moment d’un penalty. Dans une installation comme celle-ci, la démesure n’est pas seulement dans la taille de l’écran ou le nombre d’enceintes : elle se niche aussi dans ces petits raffinements pensés pour ne rien manquer.

Ce que ça coûte (cher, très cher)

Le budget exact de Buzzards Road n’a pas été communiqué, et c’est sans doute mieux comme ça ! On peut toutefois situer l’ordre de grandeur. D’après CEDIA, un home cinéma haut de gamme démarre autour de 50 000 livres au Royaume-Uni, dès lors que l’on parle de grands écrans, de projection premium, d’enceintes haut de gamme, de travaux sur mesure, de finitions luxueuses et d’une intégration professionnelle.

Buzzards Road se place clairement au-delà de ce seuil. La salle ne se limite pas à un projecteur, quelques enceintes et des fauteuils confortables : elle combine écran acoustiquement transparent de 145 pouces, configuration Dolby Atmos 9.4.4, traitement acoustique, intégration invisible, domotique Control4, mobilier sur mesure et finitions coordonnées avec le reste de la propriété. Surtout, elle s’inscrit dans un projet résidentiel beaucoup plus large, avec piscine, spa, salle de sport, sauna, salle de soins, suites invités et automatisation de plusieurs zones de la maison.

Le home cinéma est intégré dans un complexe plus grand, avec salle de sport, spa, piscine... idéal pour piquer une tête après un match bouillant ! © Mark Hardy

Autrement dit, il ne faut probablement pas regarder Buzzards Road comme le caprice d’un passionné fortuné qui aurait simplement voulu "la meilleure salle de cinéma possible". C’est plutôt un projet de résidence d’exception, où le home cinéma devient une pièce parmi d’autres dans un ensemble de divertissement et de bien-être entièrement intégré. Le prix exact reste privé, mais l’ordre de grandeur est clair : on n’est plus dans le home cinéma premium classique, mais dans une réalisation sur mesure dont le budget global se compte très vraisemblablement à six chiffres, voire davantage si l’on inclut l’ensemble de l’extension.

Ce que cette salle dit du home cinéma aujourd'hui

Pendant longtemps, le home cinéma a fonctionné sur une idée simple : recréer la salle obscure chez soi. Grande image, son enveloppant, lumière minimale, immersion maximale.

Buzzards Road raconte autre chose. La salle est aujourd'hui décrite comme la pièce la plus utilisée de la maison. Pas seulement pour les films, mais pour les matchs, les soirées, les moments collectifs. La domotique n'est plus un gadget greffé sur le projet : c'est ce qui rend l'ensemble utilisable au quotidien malgré sa complexité technique. Un bouton pour le foot, la musique qui suit dans le couloir, le match en pause quand on ouvre la porte… des détails qui transforment une installation impressionnante en espace réellement pratique.
C'est peut-être ça, l'évolution la plus intéressante. Non pas l'écran de 145 pouces ou le Dolby Atmos 9.4.4, mais l'idée qu'un home cinéma peut désormais être conçu autour des usages d'une maison plutôt que malgré eux.

Et s'équiper pour une somme convenable, c'est possible ?

Bon… Certes, pour la Coupe du monde 2026, cette salle ne servira d'inspiration directe à personne ou presque. Mais comme démonstration de ce que devient le home cinéma quand image, son, design et domotique avancent vraiment dans la même direction, difficile de trouver exemple plus parlant.

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est évidemment pas nécessaire de transformer une aile entière de sa maison en salle privée pour améliorer sérieusement ses soirées match. Un grand téléviseur bien choisi, une barre de son convaincante ou un vidéoprojecteur adapté à la pièce peuvent déjà changer radicalement l’expérience, surtout lorsque l’on part d’un écran trop petit ou d’un son intégré un peu maigre.

Pour ceux qui veulent avant tout une grande image sans se lancer dans une installation complexe, les TV XXL restent sans doute la solution la plus simple. Les diagonales de 75, 85 pouces et plus sont devenues beaucoup plus accessibles ces dernières années, notamment sur les modèles MiniLED, souvent très à l’aise pour le sport grâce à leur forte luminosité et à leur capacité à conserver une image lisible en pleine journée.