Claude Mythos est excellent pour déceler les failles de sécurité dans les systèmes informatiques. Mais voilà, Anthropic ne souhaite pas partager le code source de son intelligence artificielle. Alors, l'Europe se tourne vers d'autres acteurs.

Mistral, l'alternative française qui peut concurrencer Mythos d'Anthropic. ©Clubic
Mistral, l'alternative française qui peut concurrencer Mythos d'Anthropic. ©Clubic

BNP Paribas collabore avec la société française Mistral AI pour développer un modèle d'intelligence artificielle dédié à la cybersécurité. Ce projet arrive alors que la société Anthropic, qui édite Claude, dont Mythos est une petite pépite en cybersécurité, refuse de partager son outil. S'il en va de la sécurité bancaire, la BNP opte pour une solution locale, pour sécuriser ses systèmes.

C'est quoi Mythos ?

Mythos est un modèle développé par Anthropic et lancé plus tôt cette année. Son fonctionnement combine, au sein d'un même système, la découverte de vulnérabilités et la génération d'exploits, c'est-à-dire de codes capables de tirer parti de ces failles. Lors de tests, le modèle aurait produit des exploits fonctionnels dès la première tentative dans plus de 83 % des cas, devançant parfois des équipes humaines spécialisées dans les tests d'intrusion.

Anthropic réserve Mythos à quelques entreprises américaines. ©Shutterstock
Anthropic réserve Mythos à quelques entreprises américaines. ©Shutterstock

L'accès à cet outil est strictement limité. Anthropic ne l'a mis à disposition que d'une quarantaine à une cinquantaine d'organisations, essentiellement des entreprises américaines du domaine de la tech. Des partenaires liés à la sécurité nationale des États-Unis, ainsi que quelques banques américaines dont JPMorgan Chase. Aucune banque européenne ne figure sur cette liste.

Des négociations au point mort

La Commission européenne est en pourparlers avec Anthropic depuis le mois d'avril pour tenter d'obtenir un accès à Mythos. Pour l'heure, ces négociations n'ont pas abouti. Des responsables espagnols ont publiquement décrit la situation comme bloquée. La position d'Anthropic repose sur l'idée qu'une diffusion plus large du modèle ferait de celui-ci une arme potentielle en cas de mauvais usage.

La Bundesbank a officiellement apporté son soutien à Bruxelles dans cette démarche. De son côté, la Banque centrale européenne a alerté les superviseurs de la zone euro sur les implications de cette situation. Frank Elderson, membre du directoire de la BCE, a indiqué aux établissements bancaires ce mois-ci que si des attaquants venaient à disposer d'un modèle comparable à Mythos, les défenseurs qui n'en posséderaient pas se retrouveraient dans l'embarras.

Mistral, l'alternative Made in France

C'est dans ce contexte que s'inscrit le projet porté par Mistral AI. Même Elon Musk est prêt à succomber aux charmes de l'entreprise française. L'entreprise développe depuis au moins la mi-mai un modèle de cybersécurité présenté comme une alternative souveraine à Mythos. BNP Paribas est, à ce stade, l'exemple le plus concret d'une institution bancaire européenne prête à s'impliquer directement dans ce projet, plutôt que d'attendre l'issue des négociations entre Bruxelles et Anthropic.

Après des partenariats avec Amazon, Airbus, Nvidia et le Gouvernement, Mistral à l'assaut de la cybersécurité bancaire. ©Clubic

Les deux entreprises entretiennent déjà une relation commerciale formalisée. Un accord de trois ans portant sur l'ensemble de la gamme de modèles de Mistral a été signé en février dernier.

L'argument mis en avant par Mistral auprès des banques européennes est double. D'une part, un modèle souverain, même aux capacités inférieures à celles de Mythos, offrirait une valeur réelle sur le plan défensif. D'autre part, il constituerait une protection en cas d'échec définitif des négociations avec Anthropic.

Source : TheNextWeb