Quand on planifie une croissance de 10x et qu'on se retrouve à 80x, le premier problème n'est plus le produit. C'est la facture d'électricité.

Dario Amodei ne s'en plaint pas pour autant ! © Naïm Bada pour Clubic
Dario Amodei ne s'en plaint pas pour autant ! © Naïm Bada pour Clubic

Fin 2024, Anthropic affichait un milliard de dollars de revenus annualisés. Fin 2025, neuf milliards. Mardi 6 mai, Dario Amodei a pris la parole à la conférence Code With Claude, à San Francisco. Le chiffre qu'il a posé sur scène dépasse tout ce que la salle attendait. Au premier trimestre 2026, revenus et usage ont été multipliés par 80 en rythme annualisé.

Un trimestre qui a pris Anthropic de court

L'entreprise avait calibré ses infrastructures pour une croissance annuelle de 10x. C'est le rythme qu'elle maintenait depuis ses débuts : 10 millions en 2022, 100 millions en 2023, un milliard fin 2024. En février 2026, le compteur atteignait 14 milliards. En mars, 19 milliards. Début avril, Anthropic confirmait avoir franchi les 30 milliards. Selon le cabinet Semi Analysis, le run-rate dépasserait aujourd'hui 44 milliards de dollars. L'équivalent de 96 millions de nouveaux revenus par jour pendant plusieurs mois.

Claude AI
  • Upload de fichiers pouvant aller jusqu'à 100 000 tokens (75 000 mots environ)
  • Personnalisation avancée
  • Conception éthique
9 / 10

Le moteur de cette accélération porte un nom : Claude Code. L'outil de programmation assistée, lancé en mai 2025, génère à lui seul 2,5 milliards de revenus annualisés depuis février. Ses utilisateurs actifs hebdomadaires ont doublé depuis janvier. Amodei l'a reconnu sur scène : les ingénieurs logiciel sont les premiers à adopter massivement une technologie nouvelle. Ce basculement préfigure selon lui ce qui attend le reste de l'économie.

La conséquence directe de cette explosion a été visible par tous les abonnés Claude ces derniers mois. Ralentissements aux heures de pointe, quotas atteints plus vite que prévu. Des clients comme AMD ont documenté une dégradation mesurable sur près de 7 000 sessions Claude Code.

La course au compute pour rester à flot

Pour absorber le choc, Anthropic empile les contrats d'infrastructure à une cadence inédite. Cinq gigawatts avec Amazon, dont un gigawatt avant fin 2026. Cinq gigawatts avec Google et Broadcom à partir de 2027. Trente milliards de capacité Azure avec Microsoft et NVIDIA. Cinquante milliards investis avec Fluidstack. Et depuis mardi, un accord avec SpaceX pour l'intégralité du datacenter Colossus 1 à Memphis : 300 mégawatts, plus de 220 000 GPU NVIDIA.

La question que ces chiffres posent dépasse la logistique. Anthropic ne possède aucun datacenter. Elle loue du calcul chez ses propres investisseurs et concurrents. Chaque TPU mobilisé par Claude est un TPU indisponible pour Gemini. Chaque Trainium, un Trainium en moins pour Amazon Bedrock. La dépendance structurelle est le revers exact de la croissance record.

Côté valorisation, le marché a déjà intégré la trajectoire. Anthropic négocie une levée de 50 milliards de dollars à une valorisation de 900 milliards. De quoi la placer devant OpenAI, valorisée 852 milliards lors de sa dernière levée en mars. Le run-rate annualisé reste toutefois un indicateur de vitesse, pas une garantie de chiffre d'affaires réel. OpenAI, dans un memo interne fuité le mois dernier, estime que 8 milliards seraient gonflés par la comptabilisation brute des commissions cloud. Les analystes financiers notent en revanche que les marges brutes d'inférence sont passées de 38 % à plus de 70 % en un an. Un signal de rentabilité opérationnelle rare dans le secteur.

Pour les utilisateurs, l'effet immédiat se mesure en quotas. Anthropic double les limites de Claude Code sur les plans payants et supprime les plafonds aux heures de pointe pour les abonnés Pro et Max. Reste à voir si la capacité suivra la promesse, ou si les prochains mois ressembleront aux précédents.