Un memo interne d'OpenAI s'en prend frontalement à son rival. Comptabilité, stratégie, philosophie : tout y passe. À quelques mois d'une double IPO, la rivalité vire au règlement de comptes.

OpenAI et Anthropic ne sont pas prêts d'enterrer la hache de guerre... © Shutterstock
OpenAI et Anthropic ne sont pas prêts d'enterrer la hache de guerre... © Shutterstock

Le memo a fuité ce week-end via The Verge. Son auteure, Denise Dresser, Chief New Revenue Officer d'OpenAI, s'y livre à une charge frontale contre Anthropic. Le document ne se contente pas de fixer les priorités du trimestre. Il consacre une part inhabituelle à démolir le rival Anthropic.

30 milliards ou 22 milliards : le match comptable

L'accusation centrale porte sur les revenus. Anthropic a annoncé début avril un un revenu annualisé de 30 milliards de dollars, contre 9 milliards fin 2025. Une trajectoire fulgurante. Mais selon Dresser, ce chiffre est gonflé d'environ 8 milliards.

Le désaccord repose sur un point technique. Anthropic distribue ses modèles via les marketplaces d'Amazon (AWS), Microsoft (Azure) et Google Cloud. L'entreprise comptabilise l'intégralité du montant facturé aux clients, commission des plateformes incluse. C'est ce qu'on appelle le revenu brut. OpenAI, de son côté, déclare ses ventes via Microsoft en net : elle déduit la part du partenaire avant d'inscrire le chiffre dans ses comptes.

Les deux méthodes respectent les normes comptables américaines. Anthropic a répondu à CNBC qu'elle se considère comme le « principal » dans ces transactions. Les plateformes cloud ne sont que des canaux de distribution. À 22 milliards en net, Anthropic passerait sous les 24-25 milliards revendiqués par OpenAI. Le classement changerait de camp.

Le memo cite aussi un écart d'infrastructure. Un document investisseurs parallèle projette 30 gigawatts de capacité de calcul pour OpenAI en 2030, contre 7 à 8 gigawatts pour Anthropic fin 2027. Dresser qualifie ce déficit de « faute stratégique » déjà visible dans le produit.

Deux récits, deux philosophies, une seule Bourse

Derrière la querelle comptable, le memo dessine un affrontement de récits. Dresser écrit qu'Anthropic construit son image sur « la peur, la restriction, et l'idée qu'un petit groupe d'élites devrait contrôler l'IA ». OpenAI, selon elle, porte un message positif : des systèmes puissants, des garde-fous adaptés, un accès élargi.

La formulation n'est pas neutre. Sam Altman avait déjà déclaré en février qu'Anthropic vendait des produits chers à une clientèle fortunée. Le memo renforce cette ligne d'attaque à quelques mois d'une potentielle double introduction en Bourse. OpenAI vise le quatrième trimestre 2026, à une valorisation cible d'un trillion de dollars. Anthropic préparerait la sienne dès octobre. Les investisseurs devront choisir un camp (ou non).

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Dresser concède toutefois un point : Anthropic domine nettement le segment du code en entreprise. Selon les données Ramp (suivi de 50 000 entreprises américaines), Anthropic équipe déjà 30,6 % des clients payants en IA, contre 35,2 % pour OpenAI. Le croisement pourrait survenir dans les mois qui viennent.

Le memo révèle aussi une tension interne. Dresser reconnaît que le partenariat historique avec Microsoft a « limité la capacité d'OpenAI à toucher les entreprises là où elles sont ». Le nouveau deal avec Amazon (jusqu'à 50 milliards de dollars d'investissement) et la plateforme Bedrock sont présentés comme la solution.

On ne publie pas un memo de quatre pages un dimanche pour parler stratégie interne. On le fait pour poser un narratif avant que les marchés ne le fassent à votre place.

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