Canonical promet une intégration mesurée de l'intelligence artificielle dans Ubuntu. Reste à savoir si « mesurée » suffira à convaincre une base d'utilisateurs allergique au moindre forçage.

Ubuntu © Shutterstock
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On connaît la chanson : un éditeur de système d'exploitation décide d'intégrer l'IA partout, les utilisateurs découvrent la chose après coup, et le rétropédalage suit quelques mois plus tard. Microsoft l'a vécu avec Copilot dans Windows, au point de renoncer à plusieurs intégrations prévues. Canonical semble avoir pris des notes. Jon Seager, vice-président de l'ingénierie chez l'éditeur d'Ubuntu, a publié sur le forum Ubuntu Discourse une feuille de route IA pour les douze prochains mois. La phrase-clé du document tient en sept mots : « Ubuntu ne devient pas un produit IA. » Tout l'enjeu est de savoir si la suite du texte tient cette promesse.

Ce que Canonical prévoit (et ce qu'il ne prévoit pas)

La feuille de route distingue deux familles de fonctionnalités. Les fonctions dites « implicites » amélioreront des capacités existantes sans que l'utilisateur s'en rende compte : meilleur speech-to-text, text-to-speech plus naturel, accessibilité écran. Ce sont essentiellement des gains d'accessibilité, le genre de choses qu'on oublie qu'on utilise (un peu comme la correction automatique, quand elle fonctionne). Les fonctions « explicites » sont plus ambitieuses : texte génératif dans les documents, agents autonomes pour l'automatisation de tâches, aide à l'interprétation des logs serveur pour les équipes SRE. Canonical s'appuiera sur ses Inference Snaps, des modèles pré-optimisés et quantifiés (Gemma 4, Qwen, Nemotron-3-nano, DeepSeek, Llama) exécutés en local via un endpoint API compatible OpenAI sur localhost. Point important : aucun modèle n'est installé par défaut dans Ubuntu 26.04 LTS.

La question du contrôle utilisateur a provoqué les premières frictions. Interrogé sur la possibilité de désactiver l'IA globalement, Seager a répondu qu'un kill switch universel serait difficile à implémenter, compte tenu de la diversité des usages d'Ubuntu. Les permissions passeront par le système Snap existant, qui permet de restreindre l'accès des applications aux modèles de manière granulaire. En interne, Canonical encourage ses ingénieurs à utiliser l'IA dans leur travail quotidien, mais refuse d'en faire un indicateur de performance (contrairement à certains éditeurs qui ont lié primes et volume de code généré par IA, on pense notamment à Mozilla).

Entre Red Hat et Microsoft, un couloir étroit

Linux a gagné du terrain ces derniers mois, et une partie de ces nouveaux utilisateurs ont justement quitté Windows parce qu'ils en avaient assez de voir l'IA s'inviter partout sans qu'on leur demande leur avis. Canonical marche donc sur un fil assez fin. Red Hat et SUSE ont déjà positionné l'IA comme un argument plateforme pour leurs offres entreprise. Ne pas y aller, c'est perdre du terrain commercial. Y aller trop fort, c'est braquer la communauté desktop, celle-là même qui fait la réputation du produit.

Sur les forums et les chaînes YouTube spécialisées, le terme « Microsoft 2.0 » circule déjà. Les commentateurs rappellent l'historique de Canonical en matière de décisions unilatérales : les publicités Amazon dans le dash (2012, un souvenir cuisant), le passage à Snap, Ubuntu Advantage. Seager a beau promettre la transparence, c'est dans six mois, quand les premières fonctionnalités atterriront dans Ubuntu 26.10 « Stonking Stingray », que les engagements seront vérifiés.

On saura alors si Canonical a réussi là où Microsoft a trébuché, ou si « Ubuntu ne devient pas un produit IA » rejoint la collection des citations qu'on ressort avec un sourire crispé.

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