Le fondeur américain s'associe à Tesla, SpaceX et xAI pour leur méga-usine de puces à Austin. Derrière l'annonce, c'est Intel qui apporte l'outil industriel dont Musk ne dispose pas.

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Le communiqué tient en un post sur X. Intel se dit « fier de rejoindre le projet Terafab » aux côtés de SpaceX, xAI et Tesla. L'action du fondeur a bondi de 4,2 % dans la foulée, à 52,91 dollars. Selon Bloomberg, Intel participera à la phase dite de « refactoring » de la technologie de fabrication. En clair : optimiser les procédés pour rendre les puces plus performantes ou plus fiables.

Un fondeur en quête de clients, un milliardaire sans usine

La formulation d'Intel mérite qu'on s'y attarde. Le post mentionne explicitement la capacité du fondeur à « concevoir, fabriquer et packager des puces ultra-performantes à grande échelle ». Ce n'est pas le vocabulaire d'un sous-traitant. C'est celui d'un opérateur.

Nous l'avions déjà noté lors de l'annonce initiale du projet Terafab : Tesla n'a aucune expérience en fabrication de semi-conducteurs. SpaceX non plus. Le directeur financier de Tesla a reconnu que les 20 à 25 milliards nécessaires ne figurent pas dans le plan d'investissement 2026. Tesla conçoit ses propres puces, mais ne les a jamais gravées.

Pour Intel, le calcul est inverse. Le fondeur cherche désespérément des clients pour ses procédés avancés. Son nœud 18A produit déjà les processeurs Panther Lake en interne. Mais côté clients externes, le bilan est maigre. NVIDIA a testé le procédé 18A, puis s'est arrêté. Seuls Microsoft, Amazon et le département de la Défense américain ont confirmé des engagements. Le revenu externe d'Intel Foundry plafonne à 8 millions de dollars par trimestre sur un total de 4,2 milliards. Le procédé 14A, successeur du 18A, reste conditionné à l'arrivée de clients. Le PDG Lip-Bu Tan l'a dit sans détour : pas de commandes, pas de capacité débloquée.

Terafab offre donc à Intel exactement ce dont il a besoin. Un client garanti, un projet sur le sol américain, un argument géopolitique prêt à l'emploi. Le contexte protectionniste joue en sa faveur. Washington pousse à la réindustrialisation des semi-conducteurs. Intel avait déjà été cité par Musk comme partenaire potentiel dans des échanges publics.

Le paradoxe d'un fondeur qui sait fabriquer mais ne vend pas

Le plus étrange dans la situation d'Intel, c'est que la technologie fonctionne. Le 18A combine des transistors GAA (RibbonFET) et une alimentation par la face arrière (PowerVia). TSMC ne proposera l'équivalent qu'avec son nœud A16, pas avant fin 2026. Les benchmarks Panther Lake affichent 60 % de gains en multithread par rapport à la génération précédente. Sur le papier, Intel a rattrapé son retard.

Mais le marché ne suit pas. Les rendements restent sous le seuil de rentabilité. Le CFO David Zinsner estime qu'ils n'atteindront un niveau acceptable qu'en fin d'année au mieux. La division fonderie a accumulé 2,3 milliards de dollars de pertes opérationnelles au troisième trimestre 2025. Lip-Bu Tan en est réduit à chercher des clients prêts à prépayer la production de packaging avancé pour financer la montée en charge.

Terafab pourrait changer cette dynamique. Ou rester un accord de façade. Bernstein a estimé que les ambitions de Musk, prises au mot, coûteraient 5 000 milliards de dollars. Pour Intel, même une fraction de ce projet justifierait des années de R&D. Reste à savoir si Musk tiendra plus longtemps sur les semi-conducteurs que sur les batteries 4680.