Elon Musk veut fabriquer ses propres puces. Toutes ses puces. Dans une seule usine géante à Austin. Le projet s'appelle TeraFab, il coûte 25 milliards de dollars, et personne ne sait si c'est du génie ou de la folie.
Samedi 21 mars au soir, Elon Musk a pris la scène de l'ancienne centrale électrique Seaholm à Austin pour dévoiler TeraFab. Le projet réunit Tesla, SpaceX et xAI dans une coentreprise inédite. L'objectif affiché : un térawatt de puissance de calcul par an, produit sous un même toit. Clubic avait déjà analysé les premières fuites autour de cette méga-usine la semaine dernière.
Une usine à tout faire, du véhicule autonome au satellite spatial
TeraFab se veut une usine intégrée verticalement. Conception, lithographie, fabrication, mémoire, packaging avancé et tests : tout serait regroupé sur le site nord de la Gigafactory texane. Musk vise la technologie 2 nm, le nœud le plus avancé en production commerciale aujourd'hui.

Deux types de puces sont prévus. Les premières, baptisées AI5, alimenteront les Tesla et les robots Optimus. Musk estime que la production de robots humanoïdes dépassera celle des voitures, d'où un besoin massif en processeurs dédiés. Les secondes, les D3, sont conçues pour l'espace. Elles équiperont des satellites dotés d'IA embarquée, lancés par Starship. L'ensemble vise à couvrir 70 % de la production totale de TSMC à pleine capacité.
Le financement reste flou. Le directeur financier de Tesla a reconnu que les 20 à 25 milliards nécessaires ne figurent pas encore dans le plan d'investissement 2026. Ce dernier dépasse déjà les 20 milliards de dollars.
La comparaison avec le Battery Day n'est pas flatteuse
Le parallèle s'impose de lui-même. En septembre 2020, Musk promettait une révolution des batteries avec la cellule 4680. Six ans plus tard, le programme accuse un retard considérable. Le procédé d'électrode sèche a nécessité six ou sept révisions. La démesure de Musk sur les puces n'est pas nouvelle, mais l'échelle a changé.
Fabriquer des batteries est difficile. Graver des puces à 2 nm relève d'un autre ordre de complexité. TSMC a investi 165 milliards sur plusieurs années pour ses fabs en Arizona. Une seule usine 2 nm coûte environ 28 milliards et demande 38 mois de construction aux États-Unis. Tesla n'a aucune expérience en fabrication de semi-conducteurs.
Le calendrier pose aussi question. Les ventes automobiles de Tesla ont reculé deux années consécutives. SpaceX, de son côté, prépare une IPO à une valorisation estimée entre 1 000 et 1 750 milliards de dollars. TeraFab pourrait autant servir à masquer les faiblesses de l'un qu'à capitaliser sur la dynamique de l'autre.
Musk promet la civilisation galactique, mais il faudra d'abord réussir à allumer la première machine de gravure.