La coentreprise franco-allemande European Search Perspective a transmis des lettres ouvertes aux dirigeants de l'ensemble des États membres de l'Union européenne. Ces derniers sont invités à créer des index de recherche nationaux sous juridiction européenne. Il faut dire que le constat a de quoi inquiéter : 99,5% des requêtes effectuées en Europe transitent par des infrastructures étrangères.

Cette démarche survient cent jours après le Sommet sur la souveraineté numérique de Berlin. Lors de ce dernier, les dirigeants européens avaient pris des engagements pour réduire les dépendances numériques critiques du continent. Si on ne comptera pas sur l'Éducation nationale, European Search Perspective (EUSP), coentreprise formée par les moteurs de recherche Qwant (France) et Ecosia (Allemagne), entend donner une réponse concrète à ces engagements. En juin 2025, nous rapportions la mise en service de Staan, leur première infrastructure de recherche web indépendante, déjà opérationnelle pour les requêtes en français. C'est donc cette brique que les deux entreprises présentent désormais comme le socle de leur offre aux États membres.
99,5% des recherches européennes passent par des mains étrangères
Derrière ce chiffre, la réalité est simple : 96% des recherches européennes reposent sur les index de deux entreprises américaines (Google et Microsoft), et 3,5% supplémentaires sur celui d'un acteur russe (Yandex). Les données, le classement des résultats, les informations qui alimentent les IA, tout passe par des infrastructures que l'Europe ne maîtrise pas.
Si l'une de ces entreprises venait à couper l'accès - pour des raisons de sanctions, de litige commercial ou de décision unilatérale - le résultat pourrait être catastrophique. Qwant et Ecosia estiment que les gouvernements perdraient des capacités analytiques essentielles et les économies pourraient s'effondrer en quelques jours.
Un commerce qui n'apparaît plus dans les résultats de recherche perd ses clients du jour au lendemain. Une PME dont le site devient introuvable voit ses commandes s'arrêter. Un système d'IA qui ne peut plus interroger le web pour récupérer des informations récentes devient aveugle. EUSP estime que c'est l'ensemble de cette chaîne, de la visibilité des entreprises, à l'accès à l'information, en passant par le fonctionnement des outils d'intelligence artificielle - qui serait affecté. Et cela représenterait la majeure partie du PIB européen, soit environ 18 000 milliards d'euros.
Pour répondre à cette vulnérabilité, l'organisation propose que chaque État membre se dote d'une infrastructure articulée autour de trois composantes :
- Un index national hébergé sous juridiction européenne.
- Un algorithme de classement propre à chaque pays.
- Une infrastructure capable de soutenir à la fois les services de recherche publics et les systèmes d'IA qui s'appuient sur la recherche pour récupérer des informations.
"Sans index de recherche souverain, l'Europe ne contrôle pas la porte d'entrée de sa propre économie numérique", indique Wolfgang Oels, directeur d'EUSP et COO d'Ecosia.
EUSP développe actuellement un tel index pour la France et l'Allemagne, avec une offre d'extension aux autres membres de l'UE. L'organisation avance que ces infrastructures devraient être considérées comme des services publics stratégiques, au même titre que les réseaux d'énergie ou les télécommunications.
- Interface riche et conviviale
- Qwant Junior bien pensé
- Une vraie R&D pour un vrai concurrent