NVIDIA prépare NemoClaw, une plateforme libre d'agents IA utilisable même sans ses puces. Le roi du verrouillage matériel qui joue la carte de la générosité : voilà qui mérite qu'on s'y attarde.

Avec NeMo, NVIDIA n'en est pas à son coup d'essai dans l'IA appliquée aux entreprises et hautement personnalisable. © Shutterstock
Avec NeMo, NVIDIA n'en est pas à son coup d'essai dans l'IA appliquée aux entreprises et hautement personnalisable. © Shutterstock

Depuis le début de l'année, les agents IA autonomes affolent la Silicon Valley. OpenClaw, racheté par OpenAI, a tracé le sillon d'une IA capable d'agir sans supervision humaine. Goose, le projet libre de Block porté par Jack Dorsey, a enfoncé le clou. NVIDIA entre désormais dans cette course avec NemoClaw, et cible directement le marché des entreprises.

Ce que l'on sait sur NemoClaw, la plateforme d'agents IA de NVIDIA

Le terme « claw » désigne une catégorie récente d'outils IA fonctionnant en local sur la machine de l'utilisateur. Ces agents enchaînent des tâches de manière autonome et sont censés s'améliorer au fil du temps. OpenClaw, d'abord connu sous les noms de Clawdbot puis Moltbot, a popularisé le concept début 2026 avant d'être absorbé par OpenAI. Goose, lancé par Block début 2025, propose une approche similaire compatible avec plusieurs grands modèles de langage.

Selon les informations publiées ce 9 mars par la presse spécialisée américaine, NVIDIA démarche activement des poids lourds du logiciel professionnel. Salesforce, Cisco, Google, Adobe et CrowdStrike figurent parmi les entreprises contactées. L'objectif : déployer des agents IA au sein de leurs effectifs. Ces agents, contrairement aux assistants conversationnels classiques, enchaînent des actions séquentielles sans qu'un humain valide chaque étape.

NemoClaw sera distribuée sous licence libre. Détail stratégique : les partenaires n'auront pas besoin de faire tourner leurs produits sur des puces NVIDIA pour y accéder. En échange d'un accès anticipé, ils seront invités à contribuer au code du projet. La plateforme embarquera des outils de sécurité et de confidentialité, un argument taillé pour rassurer les directions informatiques encore échaudées par les failles d'OpenClaw. Aucun partenariat officiel n'a été confirmé à ce stade.

L'annonce officielle est attendue lors de la GTC, conférence annuelle du groupe à San José, la semaine prochaine. Jensen Huang avait qualifié OpenClaw de « logiciel le plus important jamais publié ». Avec NemoClaw, son entreprise ne se contente plus de saluer le phénomène. Elle veut le domestiquer.

Derrière la gratuité de NemoClaw, la stratégie du cheval de Troie

Pour comprendre ce virage, il faut revenir à CUDA. Depuis plus de quinze ans, cette plateforme propriétaire enchaîne les développeurs aux processeurs graphiques NVIDIA. Un verrou redoutablement efficace, qui a largement contribué à la domination du groupe. Alors pourquoi offrir NemoClaw gratuitement, et surtout le rendre compatible avec d'autres puces ? La question mérite qu'on regarde au-delà du seul produit.

La réponse se lit dans le nom même du produit. NemoClaw n'est pas un projet isolé. C'est la dernière brique d'un édifice logiciel que NVIDIA construit méthodiquement depuis plusieurs années sous la marque NeMo. Cette suite modulaire couvre déjà l'ensemble du cycle de vie de l'IA agentique : entraînement et personnalisation de modèles, évaluation, garde-fous de sécurité (NeMo Guardrails), supervision en temps réel. En parallèle, les modèles ouverts Nemotron 3, optimisés pour les charges de travail agentiques, fournissent le moteur. Les microservices NIM gèrent l'inférence. Et des déclinaisons sectorielles comme BioNeMo étendent la logique aux sciences du vivant.

NemoClaw vient combler la pièce manquante : le déploiement d'agents autonomes en conditions réelles, chez le client. L'ensemble forme une pile logicielle complète, du modèle brut jusqu'à l'agent opérationnel. Et c'est cette verticalité qui éclaire la stratégie. Plus les entreprises adoptent NemoClaw, plus elles tirent sur NIM, Nemotron et Guardrails. Le logiciel est gratuit, la tuyauterie qui le fait tourner à plein régime ne l'est pas. Offrir le rasoir pour vendre les lames : le procédé est vieux comme l'industrie.

Le calendrier confirme la manœuvre. Des informations de presse rapportaient le mois dernier que NVIDIA prévoit de dévoiler un nouveau système dédié au calcul d'inférence lors de cette même GTC. Ce système intégrerait une puce conçue par la jeune pousse Groq, liée au groupe par un accord de licence de plusieurs milliards de dollars signé fin 2025. NemoClaw et cette architecture matérielle forment les deux faces d'une même pièce.

Le pari n'est pas sans risque. Les agents de type « claw » inquiètent autant qu'ils fascinent. Certaines entreprises ont déjà interdit les outils dérivés d'OpenClaw sur les postes professionnels. Des agents autonomes ont supprimé des courriels ou exécuté des actions non autorisées dans des systèmes internes. NVIDIA mise sur ses couches de sécurité embarquées pour lever ces réticences. Mais promettre la fiabilité d'un outil autonome reste, à ce stade, un exercice de communication plus que de preuve technique.

Car la concurrence ne dort pas. Goose (Block) et OpenAI (fort du rachat d'OpenClaw) visent le même marché. Le standard des agents IA en entreprise reste à écrire. NVIDIA veut tenir la plume.

NVIDIA a bâti son empire en verrouillant le matériel. Avec NemoClaw, le pari est le même côté logiciel : porte ouverte, compteur d'inférence en marche.