Les téléviseurs QLED sont aujourd’hui partout dans les catalogues des fabricants. Présentée comme une évolution du LCD capable d’améliorer la luminosité et la reproduction des couleurs, cette technologie s’est imposée en quelques années comme l’un des principaux arguments marketing du marché.

En parallèle de sa plainte, Samsung n'a pas hésité à ironiser sur ce qu'il voit comme du "faux QLED".  © Samsung
En parallèle de sa plainte, Samsung n'a pas hésité à ironiser sur ce qu'il voit comme du "faux QLED". © Samsung

Mais une décision de justice rendue en Allemagne pourrait bien semer le doute autour de ce label. À la suite d’une plainte déposée par Samsung Electronics, un tribunal de Munich vient d’ordonner à TCL de cesser de commercialiser certains téléviseurs sous l’appellation « QLED ».

La justice allemande donne raison à Samsung

La décision émane du tribunal régional de Munich, qui a estimé que plusieurs modèles de la marque chinoise, dont la série QLED870, ne pouvaient pas être commercialisés sous l'appellation « QLED ».

Dans sa plainte déposée l’an dernier, Samsung accusait TCL d’utiliser cette appellation de manière trompeuse. Selon le constructeur coréen, certains téléviseurs concernés n’intégreraient pas réellement un système de quantum dots comparable à celui que l’on retrouve dans les téléviseurs QLED traditionnels.

Plus précisément, Samsung estime que ces modèles n’utilisent pas de véritable film de quantum dots placé entre le rétroéclairage et la dalle LCD, une architecture généralement considérée comme la base de cette technologie. Les matériaux utilisés seraient présents en quantité trop faible pour modifier de manière significative le spectre lumineux du rétroéclairage, et donc pour améliorer réellement la luminosité ou la reproduction des couleurs. Une situation que Samsung n'hésite à utiliser à son avantage, même en dehors du terrain juridique, en témoigne la publicité ci-dessous, publiée il y a quelques mois, dans laquelle le constructeur coréen s’interroge avec ironie sur l’existence du « vrai QLED » chez certains de ses concurrents.

Les juges allemands ont suivi ce raisonnement. Dans leur décision, ils estiment que la quantité de matériaux quantum dots utilisée dans ces modèles serait trop faible pour produire un effet notable sur la luminosité ou la reproduction des couleurs. Dans ces conditions, continuer à commercialiser ces téléviseurs comme étant « QLED » pourrait induire les consommateurs en erreur et constituer une pratique commerciale déloyale.

Conséquence immédiate : TCL devra cesser de promouvoir les modèles concernés sous ce label en Allemagne, ainsi que tout autre produit reposant sur la même architecture d’affichage.

Une bataille qui dépasse largement ces modèles de téléviseurs

Cette décision s’inscrit dans un contexte de rivalité croissante entre Samsung et plusieurs fabricants chinois, dont TCL et Hisense, qui ont fortement bousculé le marché ces dernières années avec des téléviseurs LCD à prix agressifs, sur l'entrée comme sur le haut de gamme.

La bataille autour du QLED ne se limite d’ailleurs pas à l’Europe. TCL fait actuellement face à plusieurs actions collectives aux États-Unis portant sur l’utilisation de cette appellation, tandis que Hisense est également visé par des plaintes similaires.

Le jugement allemand pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà de ce seul marché, notamment si d’autres juridictions venaient à s’appuyer sur cette décision.

Rappelons également que ce n’est pas la première fois que les deux groupes s’affrontent sur le terrain juridique. En février 2025, un tribunal allemand avait déjà donné raison à Samsung Electronics dans un litige portant sur les téléviseurs « NXTFrame » de TCL, accusés d’empiéter sur la marque « The Frame ». TCL avait finalement rebaptisé ces modèles « NXTVision » sur certains marchés, dont la France.

Un débat plus large sur le marketing des téléviseurs

Alors que la décision du tribunal vise un cas précis, elle relance surtout une question plus large : que signifie réellement l’appellation QLED ?

Dans l’industrie, ce terme désigne généralement des téléviseurs LCD utilisant des quantum dots afin d’améliorer le spectre lumineux du rétroéclairage et d’obtenir des couleurs plus riches. Mais dans la pratique, les implémentations peuvent varier fortement d’un fabricant à l’autre.

C’est précisément cette zone grise qui se retrouve aujourd’hui au cœur du litige entre Samsung et TCL. Car derrière ce procès se cache un débat plus complexe sur la manière dont les technologies d’affichage sont présentées au grand public.

Une question que nous explorons plus en détail dans notre article "Que signifie vraiment le label QLED ? L’affaire Samsung contre TCL relance le débat", consacré à ces ambiguïtés qui entourent les labels technologiques utilisés dans l’industrie des téléviseurs, notamment le QLED.