Pendant près de vingt ans, la hiérarchie mondiale du téléviseur est restée presque immuable. Après le retrait progressif des géants japonais, Samsung et LG ont installé un duopole sud-coréen qui a façonné aussi bien l’innovation que la perception du haut de gamme. Dans ce paysage relativement figé, les marques chinoises ont longtemps été cantonnées au rôle de challengers agressifs sur les prix, rarement considérées comme de véritables moteurs technologiques. Un scénario qui se fissure au fil des mois.

Selon Counterpoint, fin 2025, TCL s’est rapproché à une distance symbolique du leadership mondial de Samsung en volume de ventes sur les téléviseurs. Un écart encore mince, mais hautement révélateur, puisque c'est la première fois depuis deux décennies qu'un acteur chinois semble capable de contester durablement l’ordre établi. TCL est-il en train de devancer Samsung ? Derrière cette simple question se dessine une mutation industrielle bien plus profonde qu’une bataille de parts de marché.
Le MiniLED comme accélérateur industriel
Si TCL progresse aussi vite, ce n’est pas uniquement grâce à une politique tarifaire offensive. Le véritable moteur de sa montée en puissance se situe du côté du MiniLED, devenu en quelques années l’axe central de sa stratégie. Là où beaucoup ont avancé avec prudence, TCL a accéléré sans retenue : densification massive des zones de rétroéclairage, affinement des modules optiques, gains d’efficacité énergétique et surtout… montée en volume industrielle.

Cette dynamique permet à TCL de proposer des téléviseurs LCD avec des performances de plus en plus compétitives sur les contrastes, la luminosité et la maîtrise du HDR, tout en conservant des coûts mesurés. Ainsi, la marque ne se contente plus de rattraper les leaders, elle impose désormais son propre rythme d’innovation sur ce segment. Une logique rendue possible par son intégration verticale, via TCL CSOT, qui lui donne un contrôle direct sur la feuille de route des dalles et des procédés industriels.
En parallèle, cette avance sur le MiniLED prépare aussi la suite. TCL ne cache pas ses ambitions autour de l’Inkjet OLED à moyen terme, avec une promesse claire : reproduire sur l’OLED ce qu’elle a réussi sur le LCD, à savoir casser les barrières de coût et accélérer la démocratisation technologique. Le schéma rappelle, à bien des égards, la trajectoire suivie par Samsung il y a quinze ans, lorsqu’il a imposé ses propres standards industriels sur le LCD puis sur le QLED.
De challenger agressif à acteur systémique
Au fil des années, TCL apparait plus comme un acteur incontournable du marché qu'une simple marque opportuniste cherchant à grappiller des volumes sur l’entrée et le milieu de gamme. En témoigne l’accord annoncé autour de la reprise majoritaire de l’activité TV de Sony à partir de 2027, un signal fort qui risque d'acter la restructuration de cet écosystème.
En effet, cette alliance pourrait lui permettre d'asseoir encore un peu plus sa crédibilité sur le segment premium, là où Samsung conserve encore quelques avantages. Car si TCL se rapproche du leader en volume, l’écart reste réel en valeur. Samsung vend moins de téléviseurs, mais plus chers, mieux positionnés et plus rentables. Le véritable défi pour TCL n’est donc pas seulement de devenir numéro un en unités, mais de réussir sa montée en gamme. Voilà en quoi la stratégie derrière la coentreprise avec Sony risque d'être intéressante pour le groupe chinois.
Au final, le sujet n’est peut-être déjà plus de savoir si TCL dépassera un jour Samsung, mais ce que ce basculement signifiera réellement pour le marché.
Source : Counterpoint Research