Broadcom publie des résultats trimestriels records sur le silicium IA. Son PDG en profite pour narguer ses propres clients : concevoir vos puces sans nous ? N'y pensez même pas.

Le 4 mars, Broadcom a présenté les résultats de son premier trimestre fiscal 2026. Le fabricant de semi-conducteurs y annonce 8,4 milliards de dollars de revenus liés à l'IA, en hausse de 106 % sur un an. Au-delà des chiffres, c'est une sortie de son PDG Hock Tan qui retient l'attention. Selon lui, aucun de ses clients ne sera en mesure de concevoir ses propres puces « avant de nombreuses années ».
Résultats records et clients nommés : Broadcom abat ses cartes
Lors de la conférence de résultats, Hock Tan a fait ce que Broadcom évite d'ordinaire : citer nommément ses partenaires. Google, Meta, OpenAI et Anthropic figurent parmi les cinq acheteurs du groupe pour ses circuits sur mesure. Comme le rapporte The Register, le PDG anticipe une « demande encore plus forte » de Google à mesure que le groupe déploie la prochaine génération de ses TPU.
Les volumes annoncés donnent le vertige. Anthropic, qui a signé un accord massif avec Google Cloud fin 2025, devrait mettre en service un gigawatt de puces Broadcom en 2026, puis trois gigawatts en 2027. Meta prévoit d'installer « plusieurs gigawatts » de ses accélérateurs XPU sur la même période. OpenAI, qui s'est associé à Broadcom en octobre pour développer ses propres puces, vise plus d'un gigawatt de capacité dès 2027.
Hock Tan affirme avoir sécurisé l'ensemble de ses approvisionnements jusqu'en 2028, mémoire haute bande passante comprise. Il projette un chiffre d'affaires de 100 milliards de dollars issu des seules puces IA en 2027. L'activité réseau du groupe progresse elle aussi de 60 % sur un an, portée par les commutateurs Tomahawk dont une septième génération est prévue l'an prochain. Au total, le pôle semi-conducteurs de Broadcom affiche 12,5 milliards de dollars de revenus trimestriels, en hausse de 53 %. L'action a gagné près de 5 % en séance prolongée.
Puces sur mesure contre processeurs universels : pourquoi Broadcom se sent intouchable
La provocation de Hock Tan n'est pas gratuite. Elle repose sur une réalité technique que beaucoup sous-estiment. « Concevoir une puce qui fonctionne en laboratoire, tout le monde peut le faire », a-t-il résumé. « En produire 100 000 rapidement, avec des rendements viables, c'est une autre affaire. »
C'est là que réside l'avantage structurel de Broadcom. Quand Nvidia vend un processeur généraliste identique pour tous, Broadcom conçoit des circuits taillés pour chaque client. Le débat entre puces spécialisées et processeurs universels est au cœur de la bataille qui se joue dans les centres de données. L'approche sur mesure permet d'optimiser chaque composant pour un usage précis. L'inférence chez OpenAI n'a pas les mêmes exigences que l'entraînement chez Google.
Le cas de Google est particulièrement éclairant. Le géant conçoit ses TPU en interne depuis dix ans. Sa septième génération, Ironwood, affiche des performances proches des meilleurs accélérateurs NVIDIA. Pourtant, c'est toujours Broadcom qui transforme ces plans en silicium fonctionnel et qui gère la production à grande échelle. Google conçoit, Broadcom fabrique. Même le plus avancé des acteurs n'a pas réussi à couper le cordon.
Anthropic illustre une autre facette de cette dépendance. L'entreprise derrière Claude jongle entre trois fournisseurs : les TPU de Google, les Trainium d'Amazon et les processeurs NVIDIA. Mais les TPU qu'elle déploie passent eux aussi par les lignes de conception de Broadcom. La diversification ne fait que multiplier les chemins vers le même fournisseur.
NVIDIA, de son côté, prend déjà ses distances avec ces clients devenus concurrents. Jensen Huang a annoncé que ses investissements dans OpenAI et Anthropic seraient « probablement les derniers ». Le tableau se fracture : d'un côté, Nvidia défend son modèle universel ; de l'autre, Broadcom engrange des commandes sur mesure par dizaines de milliards.
Si Broadcom est vraiment irremplaçable, on se demande pourquoi tous ses clients dépensent des milliards à prouver le contraire.