Certaines applications de Smart TV pourraient utiliser la connexion Internet de votre téléviseur pour collecter des données web destinées à entraîner des modèles d’intelligence artificielle. Pas pour analyser ce que vous regardez, mais pour explorer des sites publics en arrière-plan, via votre propre adresse IP.

L’hypothèse, relayée par plusieurs médias américains spécialisés, repose sur l’intégration potentielle d’un SDK développé par la société Bright Data dans des applications fonctionnant sur les plateformes Tizen et webOS. Un mécanisme qui nécessite le consentement de l'utilisateur, mais qui interroge sur le rôle réel des téléviseurs connectés dans la course mondiale aux données.
De la publicité ciblée… à la collecte pour l’IA
Au cœur du sujet, une société spécialisée dans le web scraping : Bright Data. Son modèle repose sur un vaste réseau de proxys résidentiels… autrement dit, des connexions Internet de particuliers utilisées pour explorer et collecter des contenus web publics depuis différentes adresses IP.
Selon plusieurs rapports, son SDK aurait été proposé à des éditeurs d’applications fonctionnant sur les plateformes Tizen (Samsung) et webOS (LG). Le principe serait simple : en échange d’une nouvelle source de revenus (ou d’un allègement publicitaire pour l'utilisateur), l’application intégrerait un module permettant d’utiliser la connexion du téléviseur pour faire transiter du trafic de collecte web.
Officiellement, la participation serait consensuelle, avec un opt-in explicite. Bright Data affirme également ne pas procéder à un suivi individuel des utilisateurs et ne lancer l’activité que lorsque les ressources locales ne sont pas affectées.
Reste que le changement d’échelle est notable. Jusqu’ici, la Smart TV analysait ce que vous regardiez via l'ACR afin d’affiner le ciblage publicitaire. Dans ce scénario, elle deviendrait un maillon d’une infrastructure mondiale de collecte de données, dont les volumes servent notamment à entraîner des modèles d’IA et des LLM.
Une nouvelle étape dans l’économie des Smart TV ?
Ce modèle ne surgit pas dans le vide. L’économie du streaming est sous tension : hausse des abonnements, multiplication des offres financées par la publicité, pression accrue sur les marges. Nous évoquions récemment les poursuites engagées aux États-Unis contre plusieurs fabricants autour des pratiques liées à l’ACR. Le débat est déjà bien engagé.
L’intégration de SDK tiers destinés à monétiser la connexion Internet du foyer constituerait une évolution supplémentaire. Elle soulève par ailleurs plusieurs questions essentielles, à commencer par le niveau réel d’information de l’utilisateur, la transparence sur les flux générés en arrière-plan, et bien sûr la conformité avec les règles des plateformes. Par ailleurs, Google et Amazon auraient commencé à durcir leurs politiques à l’égard des SDK persistants fonctionnant en arrière-plan, en particulier ceux impliquant des mécanismes de proxy tiers.
En Europe, le RGPD impose un cadre de consentement strict. Mais comme pour l’ACR, la réalité des interfaces avec ses cases précochées, ses conditions longues et rarement lues… laisse une zone grise persistante.
Faut-il s’inquiéter ? À ce stade, il ne s’agit pas d’un mécanisme généralisé ni d’une pratique officiellement adoptée par les fabricants eux-mêmes. Mais le simple fait que l’idée soit explorée en dit long sur la trajectoire des téléviseurs connectés : des écrans devenus plateformes logicielles, capteurs d’usages et désormais des contributeurs, à leur échelle, à l’alimentation des modèles d’intelligence artificielle ?
Source : Lowpass