Si vous pensiez que la disparition d'Omegle avait suffi à assainir les échanges en ligne, la réalité est tout autre. Apple vient de prendre une décision couperet en bannissant une mécanique entière d'applications, invoquant une toxicité structurelle impossible à endiguer.

Cupertino a discrètement mais fermement mis à jour ses directives de validation. Cette modification cible spécifiquement les applications dont la fonctionnalité principale repose sur la mise en relation aléatoire entre inconnus. L'App Store a longtemps toléré ces plateformes tant qu'elles promettaient, souvent en vain, des filtres de modération efficaces. Aujourd'hui, la récré est terminée, Apple sert la vis pour prévenir les comportements « prédatoriels ».
Un nettoyage par le vide sur l'App Store
Les applications concernées fonctionnent toutes sur le même principe : vous appuyez sur un bouton, et vous voilà en conversation vidéo ou texte avec un parfait inconnu. Chatroulette, HOLLA, Monkey, ou encore l'ancêtre Omegle (fermé en 2023) ont construit leur succès sur cette promesse de spontanéité. Problème : ces plateformes attirent massivement les adolescents en quête d'expériences nouvelles, tout en servant de vitrine aux prédateurs sexuels.
Aucune vérification d'âge sérieuse, aucun filtre efficace, et une anonymat total qui permet aux utilisateurs malveillants d'opérer sans laisser de traces. Le régulateur australien a documenté des cas de grooming et d'exploitation sexuelle d'enfants australiens via OmeTV, conduisant à son retrait mondial. Apple et Google avaient alors agi après avoir été rappelés à l'ordre sur leurs obligations de protection des mineurs.
Cette décision ne concerne pas uniquement les applications de visio-roulette. En ajoutant explicitement « chat aléatoire ou anonyme » dans ses critères d'exclusion, Apple se donne une marge de manœuvre bien plus large. L'analyse du site 9to5Mac soulève une hypothèse intéressante : cette nouvelle formulation pourrait également viser des applications comme bitchat, l'application de messagerie Bluetooth développée par Jack Dorsey et lancée en juillet 2025. Cette plateforme décentralisée, sans serveurs ni comptes utilisateurs, a été massivement adoptée par des manifestants au Népal, en Iran et en Ouganda pour échapper à la surveillance gouvernementale.
Protéger les enfants ou contrôler les communications : Apple vient peut-être de trouver la formule qui légitime les deux.