Alors que le gouvernement français menace désormais de s’attaquer aux VPN après avoir interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, les fournisseurs tentent de se faire entendre dans le débat. Pour NordVPN, prendre ces outils de confidentialité pour cible au nom de la protection des mineurs serait une fausse bonne idée, avec un impact lourd sur la sécurité numérique des plus jeunes.

Laura Tyrylyte - directrice des relations publiques mondiales chez Nord Security
Laura Tyrylyte - directrice des relations publiques mondiales chez Nord Security

Si le Royaume-Uni envisage d'interdire les VPN aux moins de 18 ans, ils se retrouvent désormais dans le collimateur du gouvernement français. La pression politique monte d'un cran. Interrogée par nos soins, Laura Tyrylyte, directrice des relations publiques mondiales chez Nord Security appelle à une approche plus nuancée, défend l’usage légitime des VPN et met en garde contre une régulation précipitée centrée uniquement sur la question de l’âge.

Comment avez-vous réagi aux récentes mesures politiques visant les VPN dans le contexte de la protection des mineurs et de la régulation de l'accès aux réseaux sociaux ?

Laura Tyrylyte : Nous partageons l'objectif de protéger les enfants en ligne et nous prenons ces préoccupations au sérieux. Cependant, nous sommes nous-mêmes préoccupés par des propositions qui pourraient fondamentalement miner les outils de confidentialité et de sécurité dont des millions de personnes dépendent au quotidien. Il existe des moyens plus efficaces d'aborder cette question. Par exemple, le système de vérification d'âge australien est un bon exemple, et montre que les pays peuvent réussir à restreindre l'accès aux réseaux sociaux pour les mineurs sans limiter l'accès aux services VPN. Nous nous engageons à collaborer de manière constructive avec les décideurs politiques pour trouver des solutions qui protègent véritablement les enfants sans compromettre l'infrastructure de sécurité qui sécurise tout le monde.

Comprenez-vous l'argument selon lequel les VPN pourraient faciliter le contournement des contrôles parentaux ou des systèmes de vérification d'âge ?

L.T : L'exemple australien montre que les services VPN ne jouent aucun rôle lorsqu'il s'agit de limiter l'accès des enfants aux réseaux sociaux. Le pays a mis en place des efforts pour protéger les enfants et les adolescents en ligne tout en comprenant qu'il existe de nombreuses façons de limiter l'accès des mineurs aux services, au-delà de la simple restriction des adresses IP. Les plateformes de réseaux sociaux peuvent déterminer l'âge et la localisation d'un utilisateur à partir des données qu'elles possèdent déjà, sans dépendre uniquement de l'adresse IP. C'est pourquoi il est peu probable que les adolescents aient recours à des services VPN. Même avec un VPN, les plateformes de réseaux sociaux peuvent probablement toujours identifier les utilisateurs comme étant français et déterminer leur âge.

À votre avis, s'agit-il d'un problème lié aux VPN eux-mêmes, ou plutôt à l'architecture actuelle d'Internet et des plateformes en ligne ?

L.T : Les services VPN sont fondamentalement des outils de confidentialité et de sécurité. Dans ces cas précis, les services VPN ne jouent aucun rôle car les plateformes disposent d'autres moyens pour vérifier l'âge et la localisation. Cependant, il est crucial que les régulateurs comprennent la distinction entre les services VPN gratuits et payants. Si les mineurs utilisent des services VPN, ils se tournent vers des services gratuits, et de nombreux fournisseurs de VPN gratuits ont des pratiques de confidentialité douteuses, notamment l'enregistrement et la vente des données utilisateur, l'injection de publicités ou la présence de malwares. Ironiquement, les jeunes qui cherchent à contourner la vérification d'âge pourraient finir par s'exposer à des risques bien plus importants.

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Pensez-vous que les fournisseurs de VPN ont une responsabilité particulière concernant la façon dont leurs services sont utilisés, notamment par les jeunes utilisateurs ?

L.T : Les services VPN premium payants comme NordVPN interdisent déjà l'utilisation de leurs services aux mineurs et exigent une méthode de paiement, que les mineurs ne peuvent obtenir qu'avec la permission des parents. Cela crée une barrière naturelle qui rend les services VPN premium peu susceptibles d'être utilisés pour contourner les restrictions d'âge. Il est donc important de souligner que tous les services VPN ne font pas partie du problème.

Avez-vous mis en place, ou envisagez-vous, des mesures de protection spécifiques, comme des initiatives pédagogiques, des restrictions d'utilisation, des contrôles ou des partenariats avec des outils parentaux ?

L.T : NordVPN interdit déjà l'utilisation de ses services aux mineurs et exige une méthode de paiement, que les mineurs ne peuvent obtenir qu'avec la permission des parents.

Si vous pouviez adresser un message aux décideurs politiques français ou européens concernant le rôle des VPN aujourd'hui, quel serait-il ?

L.T : L'essentiel est de ne pas sacrifier la cybersécurité, la confidentialité et la liberté numérique au service du contrôle de la vérification d'âge. Les services VPN sont des outils de confidentialité et de sécurité. Des restrictions générales sur l'utilisation des VPN nuiraient à la grande majorité des utilisateurs légitimes : les individus protégeant leurs données personnelles, les entreprises sécurisant les connexions de travail à distance, les journalistes protégeant leurs sources, et les personnes voyageant à l'étranger qui ont besoin d'un accès sécurisé aux services. Les fournisseurs de VPN sont prêts à engager le dialogue avec les autorités françaises et européennes pour explorer des solutions équilibrées qui protègent à la fois les enfants et les droits à la confidentialité de tous les utilisateurs.