Pendant des années, Google nous a vendu Manifest V3 comme une mise à niveau technique nécessaire… au prix de bloqueurs de publicités moins performants. Une étude académique vient de lui clouer le bec : les adblockers n'ont rien perdu de leur mordant.

Google voulait un jardin clos et sécurisé ; il a obtenu des locataires plus disciplinés, mais toujours aussi hostiles à son modèle économique. © Naïm BADA
Google voulait un jardin clos et sécurisé ; il a obtenu des locataires plus disciplinés, mais toujours aussi hostiles à son modèle économique. © Naïm BADA

Depuis 2019, le géant de Mountain View répétait la même litanie : Manifest V3 améliorerait la sécurité et les performances du navigateur. Les développeurs d'extensions de blocage publicitaire, eux, voyaient surtout une tentative déguisée de saboter leurs outils. La transition forcée vers cette nouvelle architecture s'est achevée en juillet 2025 avec la désactivation définitive des extensions Manifest V2. Mais voilà qu'une équipe de l'Université Goethe de Francfort vient chambouler le discours ambiant avec des résultats pour le moins inattendus.

Les bloqueurs de pub résistent à la purge technique

L'étude de Karlo Lukic et Lazaros Papadopoulos, publiée dans la revue à comité de lecture Proceedings on Privacy Enhancing Technologies, compare méthodiquement les performances des extensions sous les deux architectures. Leur constat est sans appel : aucune différence statistiquement significative n'apparaît dans la capacité à bloquer publicités et trackers entre Manifest V2 et V3. Mieux encore, les extensions MV3 bloquent en moyenne 1,8 script de tracking supplémentaire par site web visité.

Ce résultat détonne après des mois de complaintes dans la communauté des développeurs. Le remplacement de l'API « webRequest » synchrone par « declarativeNetRequest » asynchrone avait été présenté comme une castration technique. Cette nouvelle interface limite effectivement la flexibilité des extensions, qui doivent désormais soumettre des listes de règles prédéfinies au lieu d'intercepter et modifier le trafic réseau à la volée. Pourtant, dans les faits, les développeurs semblent avoir contourné ces restrictions sans perte d'efficacité mesurable.

Les zones d'ombre persistent sur les performances réelles

L'étude présente toutefois des angles morts qu'il serait imprudent d'ignorer. Les chercheurs n'ont pas mesuré l'impact sur la vitesse de chargement des pages, élément pourtant central dans l'argumentaire de Google. Ils admettent également ne pas avoir testé si la limite du nombre de règles déclaratives pénalise le blocage sur les sites moins fréquentés. Lazaros Papadopoulos le concède lui-même : cette analyse constitue « un instantané dans le temps », et les futures modifications de MV3 pourraient changer la donne.

La recherche, financée de manière indépendante et sans affiliation avec Google ou les éditeurs d'extensions, utilisait les jeux de filtres par défaut des bloqueurs pour simuler le comportement d'un utilisateur lambda. Une méthodologie rigoureuse, mais qui ne capture pas l'expérience des utilisateurs avancés configurant manuellement des filtres complexes. Chrome limite chaque extension à 30 000 règles natives, extensibles jusqu'à 330 000 si elle est la seule installée, contre seulement 5 000 pour Firefox. Des chiffres qui laissent de la marge, mais dont les limites pratiques restent à documenter.

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31 décembre 2025 à 14h44
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