Le buffet à volonté est officiellement fermé. Face à la gronde des éditeurs et aux menaces de procès en cascade, Microsoft lance une place de marché dédiée aux licences de contenu. Une main tendue qui ressemble surtout à un bouclier juridique pour ses propres IA.

Satya Nadella © Microsoft
Satya Nadella © Microsoft

La firme de Redmond change son fusil d'épaule avec le « Publisher Content Marketplace » (PCM). Cette initiative marque une rupture nette avec l'opacité habituelle du secteur : il s'agit d'un portail où les éditeurs peuvent fixer leurs conditions et tarifs pour l'utilisation de leurs données par les modèles d'IA. Ce virage stratégique intervient alors que la tension est à son comble, beaucoup accusant l'IA de Google d'être en train de tuer le journalisme à petit feu. On est loin des simples vœux pieux formulés l'an dernier quand Microsoft voulait monétiser chaque citation dans l'IA.

Un « App Store » pour les données

Concrètement, Microsoft propose une infrastructure centralisée qui inverse la logique du scraping sauvage. Plutôt que de laisser les robots pomper les données jusqu'à la mise en demeure, le PCM permet aux médias de définir explicitement comment leur propriété intellectuelle peut être exploitée. Les éditeurs, qu'ils soient des géants comme l'Associated Press ou Condé Nast, ou des acteurs plus modestes, listent leurs contenus comme des produits sur une étagère. De l'autre côté, les développeurs d'IA — Copilot étant le premier client servi — viennent faire leurs courses en payant le droit d'entraîner leurs modèles ou d'enrichir leurs réponses.

Le système promet non seulement une rémunération, mais aussi des outils d'analyse pour comprendre quel contenu est utilisé et comment. C'est une tentative de structurer un marché gris où régnaient jusqu'ici la loi du plus fort et les accords de gré à gré signés dans des bureaux feutrés. En transformant la donnée journalistique en commodité achetable via Azure, Microsoft espère standardiser ce qui relevait du conflit permanent.

La paix des braves (et du business)

Ne nous y trompons pas : si Microsoft sort le chéquier, c'est avant tout pour sécuriser sa chaîne d'approvisionnement. En créant ce guichet unique, l'entreprise tente de rendre obsolètes les procès pour violation de droit d'auteur qui s'accumulent sur les bureaux de ses juristes. C'est une approche pragmatique qui complète sa stratégie technique récente, s'appuyant sur un partenariat avec Cloudflare pour contrôler les tuyaux du web.​

L'enjeu est double : s'acheter une conduite respectable face aux régulateurs et couper l'herbe sous le pied de la concurrence. En intégrant cette place de marché directement dans son écosystème cloud, Redmond force la main aux autres acteurs : soit vous jouez le jeu de la licence payante, soit vous restez des « pirates » aux yeux de l'industrie. C'est une manœuvre habile pour transformer une faiblesse juridique en avantage concurrentiel, en faisant de la conformité un produit de luxe vendu aux entreprises clientes d'Azure.

Source : The Verge

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