Dassault Systèmes et NVIDIA ont scellé un partenariat, mardi, visant à bâtir ensemble l'infrastructure d'intelligence artificielle industrielle de demain. Leurs jumeaux numériques et puissances de calcul seront associés pour transformer à la fois la conception et la fabrication.

Dassault Systèmes et NVIDIA s'allient pour créer la plateforme d'IA industrielle du futur. © Dassault Systemes et NVIDIA
Dassault Systèmes et NVIDIA s'allient pour créer la plateforme d'IA industrielle du futur. © Dassault Systemes et NVIDIA

C'est l'une des annonces tech de ce début de mois de février. Lors de l'événement 3DEXPERIENCE World, Dassault Systèmes et NVIDIA ont officialisé, mardi, un partenariat de long terme. L'enjeu de celui-ci ? Créer une plateforme d'intelligence artificielle industrielle qui marie les technologies de jumeaux virtuels du champion français avec l'infrastructure d'intelligence artificielle du géant américain. Une collaboration qui promet de révolutionner la manière dont on conçoit voitures, usines ou médicaments.

Dassault et NVIDIA créent l'intelligence artificielle qui comprend le monde réel

L'idée est simple, puisqu'elle consiste à combiner les forces de chacun. Une fois cela dit, on sait que Dassault Systèmes maîtrise les Virtual Twins, ces jumeaux numériques qui permettent de simuler un avion, une usine ou un médicament sur ordinateur avant de les fabriquer. NVIDIA, de son côté, apporte sa puissance de calcul et son intelligence artificielle via sa plateforme Omniverse. Avec pour résultats des simulations industrielles beaucoup plus intelligentes et rapides.

Pascal Daloz, le président-directeur général de Dassault Systèmes, considère que nous entrons dans « une ère où l'intelligence artificielle ne se contente pas de prédire ou de générer, mais où elle comprend le monde réel ». Contraitrement aux IA génératives, celle-ci s'appuie sur les lois de la physique et les données scientifiques validées. Elle devient ainsi « un multiplicateur de force pour l'ingéniosité humaine ». De quoi rendre l'IA industrielle plus fiable et prédictible.

Concrètement, quatre secteurs sont visés. En biologie, la plateforme NVIDIA BioNeMo, couplée aux modèles BIOVIA, accélère la découverte de nouveaux médicaments et matériaux. En ingénierie, elle prédit instantanément comment un objet va se comporter sans avoir à le tester physiquement, grâce à SIMULIA, qui exploite les bibliothèques CUDA-X. Dans les usines, elle permet de créer des lignes de production autonomes, via l'intégration d'Omniverse dans les jumeaux d'usines DELMIA. Enfin, les « Virtual Companions » sont des assistants IA qui comprennent vraiment les métiers industriels.

Des usines à IA « souveraines » pour l'Europe

Côté infrastructure, Dassault mise sur sa marque cloud Outscale pour déployer des « AI factories » sur trois continents. Ce qui est intéressant sur le papier, c'est que ses usines à intelligence artificielle garantiront la souveraineté des données, une protection de la propriété intellectuelle et une conformité pour les clients de Dassault Systèmes. Si une souveraineté impliquant NVIDIA peut intriguer du point de vue français, les deux entreprises en font un argument face aux réticences industrielles sur la confidentialité.

La collaboration va dans les deux sens. NVIDIA adopte l'ingénierie de Dassault (MBSE) pour concevoir ses propres usines à IA, à commencer par sa future plateforme Rubin. Pour le PDG de NVIDIA, le célèbre Jensen Huang, cette alliance marque l'avènement de « l'IA physique », qu'il définit comme « la prochaine frontière de l'intelligence artificielle, ancrée dans les lois du monde physique », qui créera plus d'emplois qu'elle n'en détruit.

Jensen Huang
Jensen Huang

Les premiers résultats sont encourageants. Le groupe agroalimentaire français Bel peut désormais « modéliser et optimiser ses produits à grande échelle », selon sa patronne Cécile Béliot. Le constructeur automobile Lucid Motors accélère ses cycles de développement pour passer du concept à la production « plus vite que jamais ». Et dans l'aéronautique, un domaine que Dassault connaît bien, le NIAR, qui n'est autre que la plus grande institution universitaire de recherche et de développement en aviation des Etats-Unis, utilise déjà les Virtual Companions pour concevoir des jumeaux virtuels d'avions conformes aux réglementations.