Huit voix cultes du doublage français (Richard Darbois, Brigitte Lecordier…) annoncent attaquer les plateformes IA Voice Dub et Fish Audio, pour clonage vocal. Elles leur reprochent de monétiser leurs voix sans avoir obtenu d'autorisation.

Découvrir que n'importe qui peut acheter votre voix en ligne pour lui faire dire ce qu'il veut, voilà qui n'est pas très agréable. C'est le cauchemar qu'ont vécu huit figures majeures du doublage français ces derniers jours. Alertés par leurs propres fans sur les réseaux sociaux, ces artistes dont les timbres ont bercé notre enfance ont découvert leurs voix clonées et commercialisées. Ils ripostent désormais en justice.
Les voix de Harrison Ford et Son Goku unies contre le clonage vocal
Lundi 2 février 2026, huit icônes françaises ont officialisé le lancement de leur contre-attaque juridique. Parmi elles, on retrouve des voix célébrissimes comme Richard Darbois, l'homme qui prête sa voix à Harrison Ford et incarne Buzz l'Éclair depuis Toy Story, en plus d'être la voix de la radio NRJ depuis de longues années. Brigitte Lecordier, celle qui a donné vie à Son Goku dans Dragon Ball. Céline Monsarrat, voix officielle de Julia Roberts et de Dory dans Le Monde de Nemo. Ou encore Christophe Lemoine, inoubliable Cartman de South Park. Un sacré casting.
Ce sont des fans intrigués qui ont lancé l'alerte. Ces derniers, utilisateurs de Voice Dub et Fish Audio, deux plateformes qui proposent de générer du contenu audio avec les voix de célébrités, ont reconnu leurs voix. Le concept de ces deux sites, c'est celui du « text to speech », c'est-à-dire que vous tapez un texte, et l'IA le fait dire par la voix de votre star préférée. Quelques secondes d'extraits gratuits sont proposées pour tester, puis un abonnement mensuel pour faire parler Buzz l'Éclair ou Son Goku autant que vous voulez.
Les huit plaignants incluent aussi Adrien Antoine (Thor dans les films Marvel et Batman dans les séries animées), Philippe Ariotti (Piccolo et Freezer dans Dragon Ball), Françoise Cadol (Sandra Bullock et Angelina Jolie), qui d'ailleurs avait déjà pesté contre l'éditeur de Tom Raider l'an dernier) et Delphine Allemane (Amour, Gloire et Beauté ; Charlotte aux frais). Épaulés par l'avocat Jonathan Elkaim, spécialiste de la propriété intellectuelle, tous déposent des mises en demeure étayées par des constats d'huissier. La suite pourrait se jouer au tribunal.
Les professionnels du doublage déplorent le vide juridique de l'IA
Depuis plus de deux ans maintenant, le milieu du doublage français et international sonne l'alarme sur les dangers de l'IA générative pour la profession. Le collectif Touche pas à ma VF, l'association Les Voix et le Syndicat français des Artistes portent ce combat pour défendre à la fois leurs métiers et leurs droits fondamentaux.
Cette affaire arrive seulement quelques semaines après le scandale Grok de début janvier, qui avait déjà mis en lumière les dérives sur le droit à l'image, et qui fait l'objet d'une enquête de la Commission européenne. Cette fois, c'est la voix qui est bafouée. Un attribut pourtant tout aussi personnel que le visage, mais dont la protection juridique reste encore bien floue face à l'émergence des nouvelles technologies d'IA.
Le représentant des voix lésées ne se contente pas de défendre et propose des solutions. Il appelle à l'établissement d'une définition légale de la voix comme attribut inaliénable de la personnalité. Il réclame aussi un système d'identification et de traçabilité basé sur la blockchain, qui permettrait de savoir qui utilise quelle voix, quand et comment. Pour les huit artistes, le message aux plateformes est le suivant : leur voix leur appartient, point final.