Alors que l’IA générative rend la copie de visages et de voix toujours plus facile, Matthew McConaughey tente une approche juridique inédite pour reprendre le contrôle sur son image.

Matthew McConaughey veut protéger son image, et sort l'artillerie lourde ©Shutterstock
Matthew McConaughey veut protéger son image, et sort l'artillerie lourde ©Shutterstock

L'arrivée de l'IA continue de bousculer et de terrifier Hollywood. Et on le comprend. L'intelligence artificielle représente une menace pour l'industrie du divertissement, et la propriété intellectuelle, le trésor de guerre des studios américains. Disney ou encore Warner ont d'ailleurs attaqué rapidement certains éditeurs pour protégrer leurs droits sur leurs oeuvres et personnages emblématiques. Il n'a jamais été aussi facile de faire parler Mickey, Harry Potter ou encore Superman dans des clips plus vrais que nature. Les acteurs sont également vent debout contre l'intelligence artificielle, et veulent sécuriser leur image qui peut être utilisée dans des deepfakes de plus en plus réalistes. Dans ce contexte tendu, Matthew McConaughey a choisi une voie pour le moins originale. L’acteur américain ne s’est pas contenté de dénoncer les dérives potentielles de l’IA : il a décidé d’utiliser le droit des marques pour tenter de verrouiller juridiquement l’usage de son image et de sa voix.

L'acteur protège ses répliques cultes en déposant des brevets

Selon une enquête du Wall Street Journal, l’acteur d’Interstellar a obtenu ces derniers mois plusieurs marques déposées auprès de l’office américain des brevets et des marques. Au total, huit enregistrements ont été validés, couvrant notamment des extraits vidéo et audio le représentant. L’un d’eux porte même sur sa réplique devenue culte, « Alright, alright, alright », tirée du film Génération rebelle (1993) et désormais protégée comme une marque à part entière.

D’autres dépôts incluent un clip de quelques secondes où l’acteur apparaît sur un porche, ainsi qu’une courte séquence le montrant assis devant un sapin de Noël. L’objectif affiché est clair : créer un périmètre légal autour de son identité numérique. McConaughey explique vouloir s’assurer que toute utilisation de sa voix ou de son apparence repose sur son accord explicite, avec une attribution claire.

Malgré ces précautions, les avocats du comédien indiquent ne pas avoir identifié, à ce stade, de deepfake utilisant son image. Cette démarche est donc préventive et vise à disposer d’un levier juridique supplémentaire si des copies non autorisées venaient à apparaître à l’avenir sur le web.

Matthew McConaughey n'est pas hostile à l'IA, mais encadrée juridiquement

Cette initiative reste néanmoins expérimentale. Les juristes eux-mêmes reconnaissent ne pas savoir comment les tribunaux réagiront si ces marques venaient à être contestées. Le droit des marques n’a jamais été conçu pour encadrer l’identité d’une personne réelle face à des systèmes d’IA générative, et rien ne garantit que cette protection résistera à une bataille judiciaire.

Jusqu’ici, les célébrités s’appuyaient surtout sur le droit à l’image et le droit à la publicité, des protections très variables selon les États américains et encore peu éprouvées face aux deepfakes. Le dépôt de marques sur des phrases, des images ou des extraits vidéo pourrait donc devenir un outil complémentaire, sans pour autant constituer une solution miracle.

Paradoxalement, Matthew McConaughey n’est pas hostile à l’IA en tant que telle. Il collabore déjà avec la société ElevenLabs pour produire des versions synthétiques autorisées de sa voix et a même investi dans l’entreprise. Sa démarche illustre surtout une inquiétude croissante à Hollywood : celle de voir la technologie dépasser le cadre légal existant. Reste à savoir si cette stratégie fera école, ou si elle ne restera qu’un coup d’épée dans l'eau, face à la lame de fond que représente l'IA dans notre vie quotidienne.

Source : TechSpot