Le ferry électrique à hydrofoils, Candela P-12, a réalisé le plus long voyage maritime électrique au monde, en reliant la Suède à la Norvège sur 160 miles nautiques, sans infrastructure dédiée. Un sacré exploit.

Le Candela F-12 vole presque au-dessus de l'eau. © Candela
Le Candela F-12 vole presque au-dessus de l'eau. © Candela

L'équipe suédoise de Candela vient de faire mentir les sceptiques de la mobilité électrique maritime. Leur ferry P-12, équipé d'une technologie d'hydrofoils qui le fait littéralement voler au-dessus de l'eau, a rallié Göteborg à Oslo en trois jours, a-t-on appris lundi. Ce périple de 160 miles nautiques bouscule les certitudes, surtout en Norvège où l'électrification des ferries engloutit des dizaines de millions d'euros en infrastructures de recharge.

Le Candela P-12 décolle à 20 nœuds et réduit sa consommation de 80%

Sous la coque du Candela P-12, on retrouve des ailes immergées, contrôlées par ordinateur, qui soulèvent le navire au-dessus de l'eau dès qu'il atteint 20 nœuds (37 km/h). Cette prouesse aérodynamique divise par cinq la consommation énergétique comparée aux ferries conventionnels. Concrètement, le P-12 file à 25 nœuds en service régulier et parcourt jusqu'à 40 miles nautiques sur une seule charge.

Le ferry, qui est déjà en service dans les transports publics de Stockholm depuis 2024, détient le record de vitesse pour un navire électrique en exploitation commerciale. Lors des essais, il a même franchi la barre des 30 nœuds (56 km/h). Une performance qui contraste fortement avec les ferries électriques limités à des trajets courts et des vitesses modestes pour préserver leur autonomie.

Le cerveau du système s'appelle Flight Controller. Ce pilote automatique analyse en permanence les vagues et le vent pour ajuster, en temps réel donc, les hydrofoils, ces ailes sous l'eau qui soulèvent le bateau au-dessus de la surface. Le résultat est concret pour les passagers cramponnés aux rambardes, qui subissent ainsi 90% moins de mouvements brusques qu'à bord d'un ferry traditionnel. La traversée reste relativement confortable, même quand la mer se déchaîne.

© Candela
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Quand recharger un ferry coûte moins cher qu'un plein d'essence

Oslo navigue déjà avec plus d'une centaine de ferries électriques, mais la solution norvégienne coûte une fortune. Prenez le m/s Baronen, le ferry électrique rapide de la capitale norvégienne. Ce dernier effectue une route fixe de 10 miles nautiques et dépend d'un système automatisé de remplacement de batteries qui a coûté des centaines de millions de couronnes, soit des dizaines de millions d'euros.

Le P-12 propose une approche bien différente. Au lieu de nécessiter des stations de plusieurs mégawatts, il se recharge sur des bornes DC (qui fonctionnent avec le courant continu) rapides standards, identiques à celles des voitures électriques. Durant sa traversée scandinave, l'équipage a, pour l'anecdote, utilisé le réseau suédois Aqua SuperPower ainsi qu'un chargeur portable de 360 kW Skagerak Energi, tracté par un Ford F-150 Lightning électrique.

Gabriele De Mattia, l'ingénieur projet chez Candela et responsable technique de ce voyage record, explique que « l'infrastructure de recharge représente le coût caché de l'électrification des navires conventionnels. Dans bien des cas, construire des chargeurs de plusieurs mégawatts coûte autant que les navires eux-mêmes. Notre avancée, c'est que le P-12 charge rapidement et peut opérer partout. » Et dire que ce record n'a coûté que 200 euros d'électricité.