On pensait avoir tout vu avec le rachat de Twitter, mais le milliardaire semble prêt à repousser les limites de la concentration de pouvoir. Oubliez la logique industrielle classique : ce qui se trame en coulisses pourrait redéfinir la gravité financière.

© Naïm BADA
© Naïm BADA

Selon des informations rapportées par l'agence Reuters ce jeudi, des discussions avancées seraient en cours pour une fusion totale entre SpaceX et xAI. Une manœuvre qui surprend par son audace, même pour l'homme qui a transformé un réseau social en terrain vague idéologique. Si l'idée semble sortir de nulle part, elle répond à une urgence capitalistique précise, confirmée par la création discrète de deux entités juridiques au Nevada destinées à faciliter la transaction.

Un mariage de raison à plusieurs milliards

Pas de liste à puces ni de présentation PowerPoint ici, la mécanique est brutale. Le projet consiste à faire absorber la jeune pousse spécialisée en intelligence artificielle par le titan de l'aérospatiale. Concrètement, les actions de xAI seraient échangées contre des titres SpaceX, regroupant ainsi les activités spatiales, les satellites Starlink et l'intelligence artificielle générative sous une même bannière. Ce mouvement intervient alors que SpaceX prépare une entrée en bourse (IPO) potentiellement prévue pour juin 2026, avec une valorisation hallucinante visée à 1 500 milliards de dollars.

Les montants en jeu dépassent l'entendement. SpaceX, déjà valorisée à 800 milliards de dollars lors d'une vente secondaire en décembre dernier, avalerait une entité xAI fraîchement estimée à 230 milliards de dollars après sa levée de fonds de janvier. Il faut rappeler que xAI n'est pas une coquille vide : elle a déjà absorbé le réseau social X (ex-Twitter) en mars 2025 et dispose de supercalculateurs massifs comme « Colossus ». En regroupant ses billes, Elon Musk consoliderait son empire privé (hors Tesla) en un bloc monolithique, offrant aux investisseurs un ticket d'entrée unique pour le hardware spatial et le software neuronal.

Pourquoi cette fusion inquiète autant qu'elle fascine

Il faut lire entre les lignes de ce contrat potentiel. Ce n'est pas seulement une question de synergie technologique, même si l'on nous vendra sûrement l'idée que le Starship a besoin d'un cerveau numérique avancé ou que des « data centers orbitaux » sont l'avenir du cloud. La réalité est plus terre à terre et concerne la course effrénée aux liquidités. L'entraînement des modèles de langage comme Grok coûte une fortune que la vente de lancements orbitaux et d'abonnements Starlink peut théoriquement subventionner plus aisément que des levées de fonds perpétuelles.

Mais cela pose un problème de gouvernance majeur. Tesla, qui devait être le fer de lance de l'IA chez Musk, se retrouve une nouvelle fois reléguée au second plan, potentiellement cannibalisée par ses sœurs non cotées. C'est un jeu de vases communicants où l'argent et la propriété intellectuelle circulent en circuit fermé, au risque de diluer la mission première de l'entreprise spatiale. Les actionnaires historiques de SpaceX, venus pour la conquête de Mars, se retrouvent de facto exposés aux aléas de la modération de contenu sur X et à la guerre des chatbots contre OpenAI. Une diversification forcée qui ressemble étrangement à une consolidation de dettes déguisée en vision futuriste.

Reste à voir si la NASA acceptera que ses astronautes soient pilotés par une entité dont la priorité est désormais de troller sur les réseaux sociaux et de dénuder des femmes.