Meta travaille sur un abonnement payant pour WhatsApp qui permettra de supprimer les publicités dans les Chaînes et les Status. Mais si ce modèle économique, déjà sanctionné sur Facebook et Instagram, arrive également chez nous, il risque potentiellement de violer le Digital Markets Act (DMA) européen.

Des lignes de code découvertes dans la version 2.26.3.9 de WhatsApp confirment qu'un abonnement permettra bientôt d'échapper aux annonces publicitaires qui s'affichent dans les Chaînes et les Status de la messagerie. Le prix exact reste inconnu, mais les informations collectées évoquent environ 4 euros par mois. Cette nouveauté intervient alors que WhatsApp vient d'être classé comme "très grande plateforme" (VLOP) par l'Union européenne, franchissant le cap des 45 millions d'utilisateurs mensuels dans l'UE.
Un précédent juridique qui coûte cher
Meta a déjà tenté cette stratégie sur Facebook et Instagram depuis novembre 2023. Le principe ? Payer un abonnement (actuellement 5,99 euros par mois sur le web) pour naviguer sans publicité, ou accepter gratuitement des annonces personnalisées basées sur vos données. Ce modèle, baptisé « pay or consent » (payer ou consentir), a déclenché une réponse ferme de Bruxelles. En juin 2024 la Commission européenne reprochait à Meta de "forcer à payer si vous ne lui donnez pas vos données personnelles". L'amende est tombée en avril 2025 : 200 millions d'euros pour violation du DMA.
Selon l'article 5(2) du DMA, les contrôleurs d'accès comme Meta doivent proposer une alternative gratuite et équivalente lorsqu'un utilisateur refuse la combinaison de ses données personnelles entre différents services. Or, le simple choix binaire entre un abonnement payant et des publicités hyper-ciblées ne suffit pas : il faut offrir une troisième voie, gratuite, avec des publicités contextuelles moins personnalisées. Meta a finalement ajouté cette option en novembre 2024 sur Facebook et Instagram, mais elle reste surveillée de près par les régulateurs européens.
WhatsApp dans le viseur du DMA
Si Meta reproduit ce schéma sur WhatsApp sans proposer d'emblée cette troisième option gratuite avec publicités contextuelles, l'entreprise s'expose aux mêmes sanctions. Pire : l'accumulation de violations pourrait déclencher des astreintes journalières atteignant 5% du chiffre d'affaires mondial quotidien, soit environ 18 millions de dollars par jour pour Meta. Le DMA prévoit des amendes pouvant grimper jusqu'à 20% du chiffre d'affaires annuel mondial en cas de violations répétées.
La situation se complique davantage avec la désignation VLOP de WhatsApp début 2026. Cette classification soumet la plateforme aux obligations renforcées du Digital Services Act (DSA) : évaluation des risques systémiques, mécanismes de modération, rapports de transparence et audits indépendants. Meta dispose de quatre mois pour se mettre en conformité, sous peine d'amendes pouvant atteindre 6% de son chiffre d'affaires annuel mondial.