L’utopie d’un assistant personnel omniscient n’est pas nouvelle, mais elle vient de franchir un cap fascinant. Clawdbot, un projet open source, ne se contente plus de discuter : il prend les commandes de votre ordinateur. Un projet qui affole les développeurs et provoque une rupture de stock inattendue chez Apple.

Le rêve du « Jarvis » personnel n'est plus de la science-fiction, c'est un script Python qui tourne actuellement sur des milliers de machines en Californie. Depuis quelques jours, la Silicon Valley ne jure plus que par Clawdbot. Fini les discussions passives avec un chatbot dans un onglet Chrome ; cet agent « on-device » prend le contrôle de l'ordinateur pour exécuter des tâches réelles. Cet engouement soudain pour une automatisation radicale ne se limite pas au logiciel : il provoque une réaction en chaîne inattendue sur le marché du hardware, prenant même Apple par surprise. Mais confier les clés de sa vie numérique à une IA expérimentale est un pari risqué que beaucoup semblent prêts à prendre.
Un agent pour les gouverner tous
Ce qui rend la techosphère totalement dépendante de Clawdbot, c'est la promesse d'une action sans friction. Là où ChatGPT suggère une solution, Clawdbot l'applique. Connecté à un fournisseur de modèles (OpenAI, Google, Anthropic, etc.) et à des messageries comme Telegram ou iMessage, il agit comme une couche d'intelligence capable de manipuler le système de fichiers, de lancer des terminaux de commande ou de trier des données locales en autonomie. Pour les développeurs, c'est l'outil ultime : un stagiaire infatigable qui ne coûte rien, loin des abonnements SaaS onéreux.

L'addiction vient de cette capacité à déléguer l'exécution. Demander à son Mac de « compiler le projet, vérifier les logs d'erreur et m'envoyer le rapport sur Slack » pendant qu'on prend un café change la donne. C'est le retour en force du « local first » : tout se passe chez vous, sur votre machine. Cette souveraineté retrouvée, couplée à une efficacité redoutable, explique pourquoi les fils d'actualité de X et BlueSky débordent d'exemples d'automatisations toujours plus complexes, créant une véritable émulation virale autour de l'outil.
Le Mac Mini : la victime collatérale du succès
Cette fièvre logicielle a une conséquence matérielle directe : les Mac Mini disparaissent des rayons. Pour être efficace, Clawdbot doit tourner sur une machine dédiée, allumée 24h/24, agissant comme un serveur domestique personnel. Le Mac Mini, notamment les modèles M4 et les récents M5, s'est imposé comme l'hôte idéal grâce à son ratio performance/consommation imbattable et son Neural Engine taillé pour l'inférence locale.
Le phénomène est tel que le « petit pavé » d'Apple, souvent relégué au second plan, devient une denrée rare. Les développeurs s'arrachent les configurations de base, suffisantes pour faire tourner l'agent, créant des ruptures de stock inhabituelles pour cette période de l'année. Apple se retrouve, presque par accident, à fournir l'infrastructure hardware de cette nouvelle vague d'IA décentralisée. Ironiquement, c'est l'ordinateur le moins cher de la gamme qui devient le pivot central de la maison connectée intelligente, transformé en « Clawdbot Box » par des milliers d'utilisateurs.
Une faille de sécurité béante ?
Pourtant, l'euphorie ambiante masque une réalité technique inquiétante. Installer Clawdbot, c'est littéralement donner les droits d'administration à un modèle sujet aux hallucinations. En cybersécurité, c'est l'équivalent de laisser sa porte d'entrée grande ouverte. Les risques d'injections de prompts (via un email malveillant que l'IA analyserait) sont réels : l'agent pourrait être manipulé pour exfiltrer des données ou supprimer des fichiers critiques sans validation humaine.
Les créateurs du projet sont transparents sur le caractère « expérimental » et risqué de la chose, mais la hype l'emporte souvent sur la prudence. On assiste à une adoption massive d'un outil aux permissions quasi illimitées sur des réseaux domestiques souvent mal protégés. Si l'outil est un prodige de productivité, il représente aussi une surface d'attaque inédite que les hackers ne tarderont pas à explorer.
Clawdbot marque sans doute le début de l'ère des agents autonomes grand public, mais à quel prix ? Nous échangeons actuellement la sécurité de nos données contre le confort d'une automatisation presque magique.
Êtes-vous prêt à dédier une machine à un assistant virtuel ? En tout cas, de notre côté, on a tenté l'expérience, mais sur une machine virtuelle dédiée pour commencer !