C’est une véritable saignée. Trois mois à peine après avoir signé un chèque d’un milliard pour s’offrir Vimeo, le fonds italien Bending Spoons passe à l’action avec une brutalité inouïe. Le verdict est tombé cette semaine : la quasi-totalité des équipes est remerciée.

Vimeo - © Shutterstock
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La lune de miel entre Vimeo et son acquéreur n’aura même pas duré le temps d’un trimestre. Vous pensiez que le rachat à 1,38 milliard de dollars par Bending Spoons allait relancer la machine après une année 2025 difficile ? C’était mal connaître la réputation de « nettoyeur » de la firme milanaise. Ce qui se joue ici dépasse la simple restructuration : c'est un démantèlement en règle.

Une saignée brutale et immédiate pour les salariés

Les témoignages qui émergent sur LinkedIn et X glacent le sang. Selon plusieurs sources internes relayées par la presse américaine, ce n'est pas un simple ajustement d'effectifs, mais une purge quasi totale. Un ingénieur vidéo rapporte que « presque tout le monde » a été remercié, incluant l'intégralité de l'équipe chargée de la technologie vidéo. C'est une ironie mordante pour une entreprise dont le cœur de métier est, justement, la vidéo.

Le calendrier interpelle par son cynisme. Bending Spoons a finalisé l'achat en novembre 2025, a laissé passer les fêtes, et a appuyé sur le bouton du siège éjectable dès le 20 janvier 2026. Il faut rappeler que Vimeo avait déjà sacrifié 10% de ses effectifs en septembre dernier pour se rendre plus séduisante avant la vente. Ceux qui restaient espéraient sans doute une période de stabilité sous la nouvelle direction. Au lieu de cela, ils se retrouvent face à une direction qui refuse de communiquer le chiffre exact des départs, se contentant de confirmer laconiquement la nouvelle à Business Insider.

Bending Spoons : la rentabilité par le vide

Pour comprendre cette décision, il faut arrêter de regarder Vimeo comme un produit et commencer à le voir comme une ligne comptable. Bending Spoons, que Bloomberg qualifiait cruellement de « capitaux-risqueurs à la cool », applique ici une recette qui a fait ses preuves sur leurs précédentes victimes. Le mode opératoire est toujours identique : racheter une marque tech en perte de vitesse, virer le personnel qui coûte cher (les ingénieurs, les créatifs), et augmenter les prix pour les utilisateurs captifs.

Ceux qui ont suivi les dossiers Evernote et WeTransfer ont une impression de déjà-vu. Lors du rachat de WeTransfer, 75% des effectifs avaient pris la porte, et son créateur avait finalement quitté le navire pour créer un service concurrent. Pour l'application Filmic, c'était tout le personnel. En agissant ainsi avec Vimeo, l'entreprise italienne confirme qu'elle n'a aucune intention de développer la plateforme ou de lancer de nouvelles fonctionnalités. L'objectif est de transformer un service vivant en une « vache à lait » automatisée, gérée par une équipe squelettique, tant que les abonnés oublient de se désinscrire.

Source : Engadget