Vous pensiez le géant français sorti de la tourmente après ses dernières annonces rassurantes ? Un mémo interne vient de fuiter, et il dessine une réalité bien plus sombre : le retour au bureau n’est peut-être pas qu’une question de productivité.

On nous avait vendu un redressement spectaculaire. Après un bref épisode où l'éditeur avait retardé ses résultats avant de finalement rassurer en publiant ses chiffres en novembre dernier, l'éditeur semblait reprendre des couleurs. Mais les coulisses racontent une tout autre histoire. Si les investisseurs voulaient croire qu'Ubisoft avait touché le fond, les documents partagés (ou révélés) indiquent qu'ils ont surtout commencé à creuser.
Le "Reset" brutal : 5 jours sur site et fermetures d'urgence
Les faits sont là, et ils sont glaciaux. Selon les informations corroborées par plusieurs sources, la direction d'Ubisoft ne se contente plus de demi-mesures. Le mémo interne, attribué à la direction, détaille un plan de « redémarrage opérationnel » qui ressemble davantage à une liquidation partielle qu'à une stratégie de croissance.
Première mesure choc : le durcissement du mandat de présence. Oubliez la flexibilité hybride, l'objectif affiché est un retour strict au bureau, évoquant même une semaine de 5 jours pour certaines équipes. Officiellement, il s'agit de favoriser la « créativité collective ». Officieusement, les syndicats et les employés y voient une manœuvre pour provoquer des départs volontaires sans avoir à payer d'indemnités de licenciement.
En parallèle, la saignée continue. Après la fermeture brutale du studio d'Halifax, survenue étrangement quelques semaines après sa syndicalisation, d'autres antennes sont visées. Plus inquiétant encore pour les joueurs : le document mentionne l'annulation pure et simple de six projets en cours. Le remake de Prince of Persia : Sands of Time, véritable arlésienne du catalogue, ferait partie des victimes collatérales de ce nettoyage par le vide.
La stratégie de l'attrition forcée
Il faut lire entre les lignes de ce jargon corporatif. Si l'on croyait qu'Ubisoft revenait en force, cette manœuvre trahit une fébrilité financière persistante. Ce n'est pas un bug de communication, c'est une feature de gestion de crise.
En rendant les conditions de travail intenables pour les habitués du télétravail (souvent des profils seniors et experts ayant négocié ces avantages), Ubisoft opère ce que l'on appelle un « licenciement silencieux » (quiet firing). C'est cynique, mais économiquement redoutable : pourquoi payer des plans sociaux coûteux en France ou en Europe quand on peut simplement pousser les gens à démissionner en leur imposant des contraintes logistiques impossibles ?

L'annonce de la réorganisation en « Maisons Créatives » masque mal la réalité : Ubisoft tente de morceler ses activités pour isoler les pertes. Cela rappelle étrangement les restructurations désespérées d'autres géants de la tech juste avant un démantèlement ou une vente à la découpe. En brisant la confiance de ses équipes avec la fermeture d'Halifax (perçue comme conséquence de leur syndicalisation) et ce mandat présentiel punitif, la direction joue son va-tout.
Ubisoft ne cherche plus à retenir ses talents, l'entreprise espère qu'ils partiront d'eux-mêmes avant que le navire ne sombre pour de bon.
Source : WCCFTECH, GameIndustry.biz