Alors que le PDF a plus de 30 ans, Adobe opère un tournant majeur en y intégrant de l'IA. Avec Acrobat Studio, l'éditeur promet de transformer des documents longs et complexes en informations actionnables et, même, en contenus prêts à être partagés. Entretien avec Fidele El Khoury, experte produit Acrobat chez Adobe.

Vous promettez une petite révolution autour du PDF avec Acrobat Studio. Concrètement, qu'est-ce qui change ?
Fidele El Khoury (Adobe) : Jusqu'ici, le PDF était surtout un format figé, un point d'arrivée. Avec Acrobat Studio, on veut en faire un point de départ. L'idée est d'imbriquer l'IA directement dans le document. Une IA documentaire pour comprendre, analyser, expliquer (un contrat, un rapport, des termes complexes) et une brique créative, via Firefly, pour transformer ces informations en contenus exploitables, même sans compétences graphiques ou éditoriales particulières. Le tout dans un cadre d'IA responsable.
« Ce qui était indigeste devient compréhensible, puis exploitable »
Prenons un cas très concret : j'ouvre un rapport de 100 pages. Qu'est-ce que l'IA fait pour moi "en trois secondes" ?
Elle commence par lire et structurer le document. Elle en extrait les grandes thématiques, les notions clés, les définitions importantes. Et surtout, elle fournit des attributions, c'est-à-dire des références aux passages du document pour que l'utilisateur puisse vérifier l'origine de chaque information.
Ensuite, on peut dialoguer avec le document. On peut lui poser des questions, demander des synthèses sous un certain format, ou transformer ces éléments en une présentation, un rapport, un support visuel prêt à être utilisé. C'est ça, le cœur de la promesse : ce qui était indigeste devient compréhensible, puis exploitable.

Vous attaquez aussi l'éternel problème du travail collaboratif avec PDF Spaces. Qu'est-ce que ça change par rapport au partage classique ?
PDF Spaces sert d'espace de travail partagé, pas seulement de dépôt de fichiers. On y met des PDF, mais aussi des présentations PowerPoint, des tableaux Excel, parfois des images ou des liens. Et l'IA peut analyser cet ensemble pour en faire ressortir les points clés.
L'intérêt, c'est que le travail effectué par un membre de l'équipe (analyses, questions posées à l'IA, synthèses, etc.) reste visible pour les autres. On évite ainsi les multiples versions envoyées par mail, mais surtout on évite le risque de faire deux fois la même chose.
« Vos données ne servent pas à entraîner les modèles »
Vous permettez aussi aux utilisateurs de créer leur propre assistant IA sur mesure. C'est vraiment personnalisable ?
Oui, complètement. On peut définir des instructions pour adapter le ton, le niveau de détail, la structure des réponses. Un financier peut demander des tableaux, des calculs, des comparaisons ; un juriste va plutôt vouloir des risques, des clauses, des listes synthétiques. Et il n'y a pas de limite. Vous pouvez créer autant d'assistants spécialisés que nécessaire.
Dernière question, et sans doute la plus sensible : que deviennent mes données ?
Elles restent à vous. Adobe est très clair : les documents des utilisateurs ne servent pas à entraîner les modèles. L'environnement est conçu pour rester confidentiel, sécurisé et conforme aux réglementations. On peut analyser un bilan comptable, un contrat ou des documents sensibles sans qu'ils sortent de ce cadre.