Vous avez un million de dollars qui dorment et une patience à toute épreuve ? Une start-up vous propose de bloquer votre suite lunaire dès maintenant via un acompte astronomique. C'est cher, c'est audacieux, et surtout, cela ressemble furieusement à un ticket d'attente pour une gare fantôme.

Lune - © Shutterstock
Lune - © Shutterstock

L'année 2026 commence fort pour les rêveurs au portefeuille bien garni. Comme le rapportent plusieurs médias spécialisés dont Payload Space, une entreprise vient d'ouvrir les précommandes pour un séjour sur notre satellite naturel. Le ticket d'entrée a de quoi donner le vertige : il ne s'agit plus de simples milliers de dollars, mais bien de dépôts pouvant atteindre le million pour sécuriser sa place. Mais ne faites pas vos valises trop vite, car les petits caractères du contrat risquent de vous faire redescendre sur Terre aussi vite que la gravité le permet.​

Une facture salée pour du vide

L'offre émane de GRU Space (Galactic Resource Utilization), une jeune pousse dirigée par Skyler Chan, un fondateur de 22 ans qui semble avoir pris l'expression « viser la Lune » au pied de la lettre. Pour des sommes allant de 250 000 dollars jusqu'à un million de dollars (environ 920 000 euros), vous ne payez pas le voyage intégral, ni même la garantie absolue d'un départ. Non, vous achetez essentiellement le droit de figurer en tête de liste pour un hôtel qui n'existe, pour l'instant, que dans des rendus 3D et des présentations PowerPoint.

Le calendrier annoncé par l'entreprise laisse songeur : une ouverture prévue pour 2032, soit dans six ans. Le plan technique repose sur des structures gonflables dans un premier temps, suivies de modules construits directement avec du régolite lunaire. Si l'idée de dormir dans un bunker en poussière de Lune a son charme, le modèle économique rappelle surtout ces projets de financement participatif tech où les premiers clients financent, à leurs risques et périls, la R&D d'un produit hypothétique.

Le business de la patience

C'est ici que le bât blesse. Si débourser un million pour une réservation peut sembler accessible pour l'ultra-riche en quête d'exclusivité, l'équation oublie une variable critique : le transport. GRU Space est une société hôtelière, pas une compagnie de transport spatial. En clair, c'est comme réserver une chambre au Ritz, sauf que l'hôtel est au milieu de l'Atlantique et qu'il n'y a pas de bateaux.

Missions lunaires, vue d'artiste - © GRU Space
Missions lunaires, vue d'artiste - © GRU Space

Pour rejoindre votre suite, il faudra compter sur les futurs succès du Starship de SpaceX ou les missions Artemis de la NASA, dont les tickets se chiffreront non pas en centaines de milliers, mais en dizaines de millions de dollars. En séparant le coût de l'hébergement de celui du trajet, GRU Space réalise un tour de passe-passe marketing brillant. Ils vendent l'accessoire (la chambre) en pariant que le principal (la fusée) sera banalisé d'ici la prochaine décennie. Un pari risqué, quand on sait que même le retour des astronautes professionnels sur la Lune accumule les retards.

En attendant que le premier client pose le pied sur ce régolite de luxe, l'entreprise, elle, a déjà la tête dans les étoiles et la main dans votre poche.

Source : Ars Technica