Mark Zuckerberg pensait avoir joué finement en rachetant Manus. Pékin vient de lui rappeler que déménager une entreprise à Singapour ne suffit pas toujours à échapper au droit chinois. Le contrôle des exportations de technologie entre en scène.

Lorsque Meta a déboursé 2 milliards de dollars pour mettre la main sur Manus, le géant californien s'est empressé de rassurer Washington : aucun actionnaire chinois ne conserverait de participation, et les services seraient coupés en Chine. Une manœuvre censée évacuer les tensions géopolitiques. Sauf que personne n'a demandé l'avis de Pékin. Comme le rapporte TechCrunch, le ministère chinois du Commerce examine désormais si cette acquisition viole les règles d'exportation technologique du pays. Le dossier qui devait s'aplanir vient de se compliquer sérieusement.
Une délocalisation qui ne passe plus
Le transfert de Manus vers Singapour l'été dernier semblait une stratégie éprouvée. La start-up chinoise avait quitté Pékin avec son équipe réduite à 40 personnes après avoir levé 75 millions de dollars auprès de Benchmark, déclenchant au passage l'inquiétude du Trésor américain. Ce type de migration express porte même un nom dans le secteur : le « Singapore washing », tant la pratique s'est banalisée. Le calcul était simple : s'implanter à Singapour pour contourner les restrictions d'investissement américaines dans les technologies chinoises sensibles.

- Exécution autonome des tâches
- Capacites multimodales avancées
- Intégration d'outils externes
Mais les autorités chinoises se demandent aujourd'hui si cette relocalisation nécessitait une licence d'exportation jamais obtenue. Le déplacement de personnel, de logiciels et de propriété intellectuelle tombe potentiellement sous le coup des contrôles chinois sur les technologies stratégiques. Le professeur Cui Fan, spécialiste des échanges internationaux, a même évoqué sur WeChat une possible « responsabilité pénale » si un transfert non autorisé de technologies réglementées était confirmé. L'examen en est à ses débuts et pourrait ne jamais déboucher sur une enquête formelle, mais le simple fait qu'il existe donne à Pékin un levier considérable.
Quand les deux camps tirent sur la même corde
Cette affaire illustre le paradoxe qui piège désormais les acquisitions technologiques sino-américaines. À Washington, certains analystes saluent le rachat comme une victoire : la preuve que les restrictions d'investissement américaines fonctionnent en poussant les talents chinois vers l'écosystème américain. À Pékin, on redoute exactement l'inverse : que cette transaction crée un précédent dangereux encourageant les start-up chinoises à fuir le pays avec leurs technologies.
Winston Ma, professeur à la New York University School of Law, résume la crainte chinoise : si l'opération se conclut sans heurts, « elle ouvre une nouvelle voie pour les jeunes start-up IA en Chine ». Autrement dit, une fuite des cerveaux déguisée en délocalisation stratégique. Pékin a déjà démontré sa capacité à utiliser les contrôles d'exportation pour bloquer des transactions : la Chine avait déployé le même arsenal juridique face à la tentative d'interdiction de TikTok par Donald Trump lors de son premier mandat. Ni Meta ni Manus n'ont commenté publiquement cet examen réglementaire, mais l'acquisition estimée entre 2 et 3 milliards de dollars pourrait désormais traîner en longueur, voire être restructurée sous la pression chinoise.
Source : Tech Crunch