François BOURDONCLE Président d’Exalead, spécialiste de la navigation web

Ariane Beky
10 septembre 2001 à 00h00
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François BOURDONCLE Président directeur général d'Exalead S.A. présente les spécificités de la plate-forme d'aide à la navigation web du groupe.

AB - Monsieur François BOURDONCLE bonjour, pouvez-vous me présenter votre parcours et votre société, Exalead ?

FB - J'ai commencé ma carrière professionnelle en faisant de la recherche dans les laboratoires de recherche de la société Digital Equipment (qui a par la suite été rachetée par Compaq). Je m'occupais à l'époque de génie logiciel et de conception de nouveaux langages de programmation.

Après ma thèse, j'avais envie de toucher à d'autres secteurs de l'informatique. C'est pourquoi quand Louis MONIER m'a demandé début 1996 de collaborer avec lui, trois mois après le lancement d'AltaVista, j'ai sauté sur l'occasion et me suis spécialisé dans la recherche d'information sur Internet.

A cette occasion, j'ai développé la technologie Cow9 qui a été licenciée à AltaVista pour assurer le fonctionnement de la fonction Refine de son moteur, permettant d'analyser les résultats des requêtes en temps réel pour guider la recherche des utilisateurs.

Notre collaboration avec AltaVista s'est poursuivie jusqu'à fin 1998, et nous avons ensuite décidé de voler de nos propres ailes et j'ai travaillé avec Patrice BERTIN au développement d'une nouvelle technologie plus grand public (baptisée NG) permettant de guider les utilisateurs dans leur recherche.

Alors que la technologie Cow9 s'attachait à faire la synthèse des documents sous forme de «thèmes» constitués de mots associés, nous nous sommes attachés à extraire des documents les groupes nominaux les plus significatifs, qui comme le savent bien les linguistes, sont les éléments porteurs de sens des textes.

La détection de tels groupes nominaux par des méthodes statistiques (les seules méthodes applicables au web tant la variété de sujets couverts sur la toile est grande) est un problème singulièrement plus compliqué et il nous a fallu deux ans de recherche et développement pour développer une solution opérationnelle.

Patrice BERTIN, Eric JEUX et moi-même avons créé Exalead en septembre 2000, il y a donc exactement un an, avec une équipe initiale de six personnes, et nous avons continué à développer le produit et nous sommes mis en chasse de clients.

Nous avons levé 20 millions de francs en décembre 2000 pour pouvoir assurer le développement de la société. A ce jour, nous sommes une quinzaine de personnes, Bouygues Telecom nous a choisis pour motoriser son portail Sixième Sens (http://www.6sens.com/) qui propose une navigation unifiée web/wap/sites partenaires/site 6è sens, et nous assurons depuis août la motorisation du site de de Scoot (http://www.scoot.fr/).

AB - Quelles sont les particularités techniques et fonctionnelles de votre plate-forme Exalead Portal ? Quels sont les «plus» de cette solution ?

FB - Les trois caractéristiques principales de notre plate-forme sont d'une part l'aide à la navigation fournie aux utilisateurs, le passage à l'échelle, et enfin la configurabilité.

L'aide à la navigation est la partie la plus visible de notre offre. Elle procède d'un principe «d'interaction convergente et divergente» entre le moteur et l'utilisateur.

Ainsi, après chaque requête, les résultats sont synthétisés sous la forme d'une «table des matières» dynamique permettant une lecture rapide des résultats (très utile lorsqu'il y en a beaucoup) et permettant également d'affiner la recherche. L'utilisateur peut ainsi en quelques clics préciser sa recherche et converger très rapidement vers l'information recherchée. La table des matières dynamique peut être constituée de plusieurs parties :

Un ensemble de mots-clefs extraits en temps réel du texte même des documents retournés par la requête ; un ensemble de rubriques dans lesquelles sont classés les documents ; des attributs pertinents permettant de préciser la recherche

Ainsi, sur un portail web de type , la table des matières sera constituée des rubriques de l'annuaire et d'un ensemble de mots-clefs. Par exemple, pour la requête «vaches folles» : les rubriques pourraient être du type 'Science/Neurologie' et 'Société/Alimentation', permettant une navigation «conceptuelle», alors que les mots-clefs pourraient être «Encéphalopathie spongiforme bovine» ou «Interdiction des farines de viande», permettant une recherche «par contenu».

Une telle table des matières «mixte» réconcilie dans un outil unique les deux approches «annuaire» et «moteur de recherche». De plus, la sélection de mots clefs conduit à une approche WYSIWYG dans la mesure où le moteur affiche pour chaque résultat l'extrait le plus pertinent par rapport aux mots de la recherche et aux mots-clefs sélectionnés, ceci permettant à l'utilisateur de mieux comprendre comment fonctionne le moteur.

Enfin, une fois l'information localisée, le moteur donne la possibilité à l'utilisateur «d'élargir» sa requête au voisinage de cette information, lui permettant ainsi de passer en mode «exploratoire».

Sur un service de type Scoot, la table des matières va être constituée de rubriques mais aussi d'attributs. Par exemple, la requête «restaurant japonais à paris» va permettre de choisir entre 'Restaurants' et 'Restauration à domicile' et de préciser des attributs comme l'arrondissement, le type de cuisine, de prix ou de décor souhaité, etc. Chacun de ces attributs correspondant à des restaurants qui existent effectivement.

La deuxième caractéristique de notre offre est le passage à l'échelle. Nous avons en effet dimensionné notre technologie pour pouvoir construire des index de plusieurs milliards de pages, et écrit le logiciel sur une architecture 64 bit moderne permettant des performances très largement supérieures à la concurrence, ce qui a pour conséquence une très forte réduction des coûts pour nos clients en terme de hardware et, indirectement, en terme d'administration.

La dernière caractéristique de notre offre est le langage ExaScript qui permet une grande souplesse dans la configuration de notre plate-forme. Ce nouveau langage unifie les langages de programmation généralistes comme Java (dont il reprend l'essentiel de la syntaxe en ajoutant, notamment, le support des «templates» à la C++ et le «multiple dispatch»), le format d'échange de données XML (dont il inclut la syntaxe et la sémantique de manière native), et les langages de génération dynamique de pages tels PHP, ASP ou JSP.

Ces caractéristiques font de ExaScript un langage bien adapté aux applications de «middleware», et son modèle original d'allocation mémoire permet de programmer des serveurs d'application très performants en évitant les coûteuses «garbage collections» des machines virtuelles de type Java.

ExaScript pilote l'ensemble de la chaîne de traitement de l'information (acquisition, stockage, indexation, requête et résultats) et permet un paramétrage fin à chaque étape de la mise en œuvre des solutions de navigation, notamment le classement des résultats sur lequel l'utilisateur a un contrôle quasi total.

AB - Où se situe Exalead par rapport à la concurrence, et par rapport à un moteur de recherche comme Google ?

FB - Exalead est un éditeur logiciel, et pas un moteur de recherche web, même si nous avons une activité d'ASP nous permettant de fournir des résultats de requêtes sur les moteurs web et wap, comme pour Sixième Sens et pour notre site de démo.

La comparaison avec Google est donc pour nous assez difficile. Il est certain que notre «crawl» est encore modeste par rapport à celui de Google, mais la qualité des résultats est je crois plutôt meilleure, car nous avons mis en œuvre des technologies originales pour tenter de réduire le «bruit». Par ailleurs, Google ne dispose d'aucun support pour l'aide à la navigation, support qui serait bienvenu compte tenu précisément de la taille de son crawl...

Nos concurrents «réels» sont donc plutôt des éditeurs logiciels comme Verity ou Autonomy, ou encore des moteurs de recherche dits sémantiques comme Sinequa.

Notre différence essentielle avec un acteur comme Autonomy par exemple est notre capacité à intégrer dans notre modèle de navigation les catégorisations «métier», comme les annuaires web ou les annuaires de type pages jaunes, ce qui est très différent de la catégorisation automatique d'Autonomy. En réalité, ce sont nos mots-clefs qui jouent ce rôle de classification automatique, et notre approche est plus WYSIWYG et donc sans doute moins déroutante pour l'utilisateur.

De plus, le passage à l'échelle des moteurs dits «intelligents» est très souvent assez limitée. Exalead tente donc de concilier à la fois haute performance, universalité et navigation intelligente.

AB - Votre cible est-elle très «spécialisée» ?

FB - Notre cible n'est pas réellement spécialisée, et notre gamme se segmente en trois : Exalead Portal (navigation dans des annuaires de type web), Exalead Corporate (navigation unifiée dans des sites hétérogènes en Intranet) et Exalead Market (solutions de catalogues électronique).

Ce qui est vrai en revanche, c'est que nous ciblons aujourd'hui plus les gros acteurs que les petits, plus pour des raisons tactiques et des moyens disponibles compte tenu de notre taille actuelle que pour des raisons stratégiques.

AB - Qu'en est-il de l'évolution du marché des solutions de recherche et de navigation ? Le secteur reste dominé par les Etats-Unis ?

FB - Le secteur de la recherche d'information et du knowledge management est très encombré, mais il semble que le besoin d'aide à la navigation commence à être reconnu comme un besoin essentiel.

Ce qui me semble indispensable, et qui est le credo d'Exalead, c'est que ces outils de navigation doivent passer à l'échelle et être suffisamment universels pour pouvoir être déclinés en fonction des diverses applications, et sur ce type de solutions, la concurrence est beaucoup plus réduite.

Ceci dit, je ne pense pas vraiment que le secteur reste dominé par les Etats-Unis. Autonomy, par exemple, est une société d'origine anglaise.

AB - Pouvez-vous donner les grandes lignes de votre modèle économique ?

FB - Notre modèle économique est tout à fait classique, pour un éditeur : il s'agit des revenus liés aux licences d'utilisation de nos logiciels, qui sont en fait des contrats de location annuels, et également d'une partie «service» liée à la configuration, à l'installation et au support de nos solutions.

AB - Avez-vous engagé des partenariats stratégiques récemment ?

FB - Nous sommes en train de discuter avec plusieurs acteurs actuellement, mais rien n'est encore fait.

AB - Souhaitez-vous ajouter un commentaire pour conclure ?

FB - Je tiens à vous remercier pour cet entretien et à encourager vos lecteurs à se faire une idée concrète en testant notre site de démo http://www.exalead.com/

AB - Monsieur BOURDONCLE, je vous remercie.
Modifié le 20/09/2018 à 14h26
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