DRM : clé pour le succès grand public de Linux ?

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Le 07 avril 2006
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} Sous ce titre - que les partisans de Linux jugeront peut-être un brin provocant - se cache une question relativement sérieuse, soulevée par un responsable de RealNetworks à l'occasion du salon LinuxWorld, qui se tient en ce moment à Boston. Jeff Ayars, dont les propos nous sont rapportés par une journaliste de ZDNet UK, est vice-président de RealNetworks. Mardi, il aurait affirmé lors d'un débat à LinuxWorld que si Linux ne se mettait pas à offrir le support des DRM (mesures techniques de protection contre la copie), il se condamnait à rester cantonné à l'univers des serveurs.

Sans DRM, Linux relegué au monde des serveurs ?

Jeff Ayars part du principe que si les gens ne peuvent pas lire les contenus protégés par DRM sous Linux, le système peinera à s'imposer au grand public. « Le fait que Linux ne supporte pas les DRM aura pour conséquence que les produits d'électronique grand public et les PC sous Windows seront les seules plateformes de divertissement disponibles », a déclaré Jeff Ayars. « Linux sera relégué aux serveurs et aux ordinateurs professionnels tant qu'il ne proposera pas les technologies multimédias demandées par les consommateurs », a-t-il ajouté, avant de pointer du doigt le fait que de nombreuses protections devraient être implémentées nativement dans Windows Vista.

Georg Greve, président de la Free Software Foundation Europe, s'est insurgé contre cette idée, argant du fait que le consommateur n'aimait pas les DRM, comme l'a prouvé l'affaire du rootkit de Sony. Pour lui, les plateformes qui n'utilisent pas de DRM sont celles qui suscitent le plus l'adhésion du grand public comme l'iTunes d'Apple, qui « permet aux gens de graver leurs chansons sur CD, pouvant ensuite être réencodés et partagés aisément », a-t-il indiqué par email. Un système qui tiendrait plus de la « gêne numérique » que d'une réelle mesure technique de protection. « Plus tôt nous enterrerons cette idée idiote de placer chacun des usages liés à l'ordinateur sous le contrôle de l'industrie des médias, plus tôt nous pourrons commencer à chercher de vraies alternatives », a-t-il encore ajouté.

Des objections « philosophiques » ?

Refusant de discuter de ce qu'il qualifie d'objections « philosophiques » à l'usage des DRM, Jeff Ayars a toutefois admis qu'il y avait quelques conséquences négatives potentielles au support des DRM dans Linux, comme un certain risque que l'innovation en soit étouffée : « Avec des contenus protégés, vous ne pouvez pas créer de modèle économique comme celui que TiVo a mis au point avec le time-shifting en télévision ».

Le time-shifting permet d'interrompre momentanément un programme diffusé en direct et de le reprendre plus tard au même niveau. TiVo commercialise des platines de salon dotées - entre autres - de cette fonctionnalité qui connaissent un grand succès aux Etats-Unis.

La plupart des membres de la communauté Open Source sont opposés à l'idée même de DRM, mais certains industriels de l'univers Linux se montrent plus tempérés dans leurs avis. Ainsi, Tom Welch, responsable technique de Linspire, a-t-il déclaré que « Linspire n'a pas ajouté de DRM à sa distribution, mais nous le ferions si l'on nous en donnait l'occasion, partant du constat que les DRM sont utilisés par les produits du consommateur. Si quelqu'un venait nous voir avec un DRM open source, nous serions derrière lui, mais nous aurions besoin que les principaux fournisseurs de contenu le supportent aussi ».

La question de savoir si les DRM doivent être supportés par Linux sous-tend également les débats relatifs à la prochaine révision de la licence GPL (General Public Licence). A ce sujet, voir la brève : Pas de GPL 3 pour Linux pour l'instant...
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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