Live Japon : les cartons du début d'année 2009

Karyn Poupée
27 juin 2009 à 10h08
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Les lecteurs fidèles le savent, tous les six mois, nous nous faisons l'écho ici d'un palmarès japonais des cartons commerciaux du semestre écoulé, hit-parade établi régulièrement par le journal du groupe de presse Nikkei destiné au secteur de la distribution, le Nikkei Ryutsu.

Ce classement, le "hit shohin banzuke", révélé dans les colonnes de cette publication pluri-hebdomadaire, est d'autant plus instructif qu'il reflète l'état d'esprit du moment des consommateurs nippons, lesquels sont de véritables girouettes.

Ces six premiers mois de l'année, marqués, tout le monde le sait, par une récession économique sans précédent, ont troublé les acheteurs, voire les ont effrayés. Comme le dit l'expression nippone consacrée, "la fermeture éclair de leur porte-monnaie est grippée". De facto, alors que d'habitude les produits high-tech caracolent en tête de liste et occupent plus de la moitié si ce n'est les quatre cinquièmes du classement, cette fois on les compte presque sur les doigts d'une seule main.

Eh oui, que voulez-vous, les Nippons ont franchement eu la trouille en ce début d'année, presque sages, ont évité les excès et se sont donné bonne conscience en achetant des produits indispensables, économiques et/ou écologiques, s'octroyant juste un tout petit peu de luxe, le minimum essentiel à leur santé mentale.

Ce classement, donc, copié sur le modèle de ceux des tournois de sumo, se présente sous la forme d'un double-tableau, recensant au total 36 produits, services ou concepts, tous domaines et secteurs confondus, 18 pour la région est du Japon, le kanto où se trouve Tokyo, et 18 pour la partie ouest, le Kansai, dont la ville principale est Osaka. Du côté de Tokyo, on ne compte que deux produits à glisser dans la case haute-technologie, et encore, en étant large, aux première et 11e places.

Du côté d'Osaka, on en dénombre quatre, aux 5e, 7e, 14e et 18e rangs. Total 6 sur 36, soit 16,67%.
Détaillons: à Tokyo la plus haute marche du podium est occupée par les voitures à motorisation hybride (carburant et électricité) Insight de Honda et Prius de Toyota, que l'on peut considérer comme des produits high-tech compte-tenu du volume d'électronique qu'elles embarquent et de leur côté avant-gardiste. Ces deux modèles ont réussi l'exploit d'être les voitures les plus vendues au Japon ces derniers mois.

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Une nouvelle Prius, dite de 3e génération, a été lancée le 18 mai. Quelque 80.000 pré-commandes avait été enregistrées avant même qu'elle n'arrive dans les concessions. Depuis, plus de 120.000 de plus ont encore été commandées. Le modèle de base de cette nouvelle Prius est proposé au tarif attractif de 2,05 millions de yens (15.900 euros au cours actuel). Toyota a fait le maximum d'efforts pour contrer l'offensive de son compatriote et rival Honda, lequel avait lancé quelques semaines auparavant, en février, l'Insight, au prix inégalé pour une hybride de 1,89 million de yens (14.650 euros au cours actuel). Le succès inespéré de la Prius oblige même Toyota à augmenter la cadence de production dans ses deux usines dédiées au Japon, à 50.000 exemplaires par mois dès juin, soit 7.000 de plus que ne le prévoyait le plan initial. Toutefois, quand on demande aux acheteurs ce qui les a motivés, peu répondent "la technologie hybride en elle-même", mais tous confirment que les économies d'essence dont le tarif fluctue trop rapidement, est la prime raison de leur choix.

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Du côté d'Osaka, le premier produit high-tech (ou considéré comme tel) de la liste apparaît en 5e place. Il s'agit d'un nouveau type d'appareil faisant partie du minimum vital du Japonais moyen: un autocuiseur à riz haut de gamme, plus compact, dont la particularité est de ne pas laisser s'échapper la vapeur dans l'air. De ce fait, il peut donc se loger dans des petits recoins. Signé Mitsubishi Electric, le "jokilessu IH" (sans vapeur) est paraît-il le premier modèle mondial du genre. Avec forces explications techniques pour prouver que le riz cuit ainsi n'a jamais été aussi bon, et un design travaillé, Mitsubishi Electric en vend 50% de plus que prévu. Question: où va la vapeur? Eh bien elle est renvoyée dans le réservoir d'eau, pardi! Malin, mais il fallait quand même y penser et trouver des astuces pour industrialiser l'engin. Prix de cette "cocotte-minute" à riz high-tech nippone: 72.000 yens (530 euros). Notons au passage que parmi les dizaines de modèles en vente au Japon, on en trouve des basiques beaucoup moins coûteux (une centaine d'euros à peine). Hélas, ils sont loin d'avoir toutes les vertus gustatives de celui de Mitsubishi. Et ici, le goût du riz, ça n'a pas de prix. La preuve, il en existe des encore plus chers, à près de 1.000 euros, et qui se vendent aussi très bien.

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Poursuivons: sur la 7e marche dans l'est se trouve la nouvelle console de jeu vidéo de poche de Nintendo, la DSi, version légèrement amincie et améliorée de la DS Lite. Cette dernière mouture en date, comme les précédentes, s'arrache au Japon. Entre sa sortie le 1er novembre 2008 et fin mars 2009, près de 2,5 millions d'unités (500.000 par mois, plus de 15.000 par jour) avaient déjà été vendues dans l'archipel, un pays où 26,5 millions de DS et DS Lite avaient déjà été écoulées auparavant, le tout pour une population de 127 millions de personnes, dont 28 millions de plus de 65 ans. En période de débâcle économique, la DS et les jeux associés sont le genre de produits-refuges qui permettent de se divertir l'esprit et d'occuper les gamins à la maison plutôt que d'aller claquer des fortunes dans les parcs à thème et autres lieux de divertissement généralement très courus mais horriblement coûteux. Et puis, en plein marasme conjoncturel (ou perçu comme tel), il faut continuer de faire plaisir aux enfants ou se redonner le moral en jouant à des quizz pour progresser dans la hiérarchie, enrichir sa culture personnelle ou bien entretenir son corps, genres de programmes pour DS qu'on trouve ici par dizaines.

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A la 11e place du côté de Tokyo se trouve un drôle d'appareil, une sorte de bloc-note électronique à clavier, baptisé Pomera et conçu par une société inconnue au bataillon de l'électronique ou de l'informatique, King Jim. Cette firme japonaise créée avant-guerre est plus connue en sa patrie pour ses accessoires de bureautique et de papeterie (classeurs, pointeuses, étiqueteuses, etc.). King Jim a remarqué, comme nous pouvons tous le faire à Tokyo, que la plupart des salariés qui travaillent dans les cafés ou trains avec leur ordinateur portable se contentent généralement de taper des textes. Bref, 90% des fonctions de leur PC ne sont dans ce cas pas utilisées. Le Pomera (370 grammes, 20 heures d'autonomie avec quatre piles), lui, ne sait qu'enregistrer des notes en format texte (.txt) saisies au moyen de son clavier dépliable et petit écran monochrome de 4 pouces de diagonale. Les fichiers ainsi créés peuvent ensuite être transférés par carte-mémoire amovible ou liaison USB vers un ordinateur. Prix dudit Pomera: 27.300 yens (200 euros). La firme avait prévu d'en vendre 30.000 unités par an, mais au rythme actuel, elle en écoule trois fois plus. Notez que l'appareil ne fonctionne qu'en japonais.

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Dans un registre voisin mais en version luxe, arrive au 14e rang toujours dans le Kansai, le tout nouveau mini-PC de Sony, le Vaio type P. Lui n'est pas à classer dans la même catégorie que les notebooks à petit prix qui envahissent les étals des boutiques. Il se situe dans le rayon supérieur, car richement doté (Windows Vista, tuner TV numérique inclus, disque dur 60 Go, Bluetooth, Wi-Fi, etc) et surtout très joli, dans toutes ses variantes colorées métallisées (blanc, grenat, vert, noir). Sony oblige, et malgré son prix (de l'ordre de 82.000 yens, 600 euros) les Nippons le préfèrent et de loin aux produits Asus et autres engins d'entrée de gamme deux fois moins chers mais que déconseillent d'ailleurs à demi-mots les vendeurs des boutiques d'électronique lorsqu'on les titille un peu.

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Dernier produit de la liste, un des plus intéressants peut-être puisque très dans l'air du temps: le purificateur d'air justement, à technologie exclusive "Plasmacluster" de Sharp. Il s'agit d'une gamme d'appareils de diverses tailles à installer chez soi et qui génèrent des bouffées d'ions négatifs selon un mode particulier, lesquels ont pour propriété d'éliminer les corps allergènes, microbes et virus qui traînent forcément alentour. Au passage, ces appareils, dont l'efficacité a été démontrée, suppriment les mauvaises odeurs qu'ils sont capables de détecter seuls grâce à un capteur.

La technologie "Plasmacluster" de Sharp est aussi intégrée dans les aspirateurs, réfrigérateurs, lave-linge, climatiseurs et autres appareils électroménagers du groupe. En outre, des sites publics, comme le prestigieux Impérial Hôtel de Tokyo et des trains, sont en passe d'être équipés de systèmes de climatisation enrichis de cette technologie d'assainissement. Les autres groupes japonais Sanyo, Mitsubishi Electric, Daikin ou encore Panasonic proposent également des appareils de ce genre mais basés sur d'autres techniques de génération d'ions négatifs et n'éliminant pas forcément autant d'insanités que ceux de Sharp, actuellement les plus populaires.

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Pour conclure, voici les prévisions de succès commerciaux du Nikkei Ryutsu pour les prochains mois:
Devrait attirer un peuple monstre, le nouveau gratte-ciel commercial Mitsubishi Park Building qui sera inauguré au mois de septembre dans le quartier d'affaires central Marunouchi, où se dresse déjà une forêt de récentes tours, tout près de la gare de Tokyo elle-même en cours de rénovation et de la légendaire poste centrale en train d'être reconstruite. Chaque fois qu'un nouveau haut-lieu commercial avec de nombreux restaurants ouvre ses portes à Tokyo, c'est la ruée, avec des files d'attente interminables de plusieurs milliers de personnes. Ce sera la même chose pour le Mitsubishi Park Building prédit donc le Nikkei.

La nouvelle série TV à grand spectacle que prépare le groupe public NHK, "Saka no ue no kumo" (les nuages au sommet de la pente) pourrait également créer de l'agitation médiatique. On devrait aussi beaucoup entendre parler au second semestre des voitures électriques, puisque Mitsubishi Motors et Fuji Heavy Industries (FHI, marque Subaru) lanceront leurs premiers modèles, commercialisés dans un premier temps à petite échelle. Et les produits high-tech ? Eh bien, on verra le moment venu. Les paris sont ouverts.

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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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