HP vient de déployer une mise à jour firmware qui bloque les cartouches tierces sur au moins 11 imprimantes, dont certains modèles vieux de neuf ans. Un timing qui tombe mal, puisque la nouvelle norme EPEAT 2.0, en vigueur depuis décembre 2025, interdit précisément cette pratique aux fabricants qui veulent garder leur certification environnementale.

Dynamic Security est le système maison qui désactive les cartouches non équipées de puces HP - ©PhotoLife_Style / Shutterstock
Dynamic Security est le système maison qui désactive les cartouches non équipées de puces HP - ©PhotoLife_Style / Shutterstock

HP a publié la version firmware 2602A/B. Trente jours après l'entrée en force d'EPEAT 2.0. Sur l'OfficeJet Pro 7720, sorti en 2017, la mise à jour a activé Dynamic Security, le système maison qui désactive les cartouches non équipées de puces HP. Ce déploiement post-norme a de quoi interroger l'International Imaging Technology Council, le syndicat professionnel des fabricants de cartouches reconditionnées.

EPEAT 2.0, c'est le nouveau référentiel du Green Electronics Council, un organisme américain indépendant qui certifie les produits électroniques selon des critères environnementaux. Lancée en décembre 2025, cette version élargit la certification à cinq catégories de produits et introduit une règle explicite pour les imprimantes. Pour garder le label, un fabricant doit choisir entre trois voies : soit ne pas bloquer les cartouches reconditionnées par firmware, soit proposer une solution agréée qui préserve les fonctionnalités, soit vendre lui-même des cartouches reconditionnées. HP n'en fait qu'à sa tête.

163 produits certifiés, zéro imprimante

Le registre EPEAT 2.0 compte 163 produits certifiés à ce jour, aucun n'est une imprimante. L'ancienne version EPEAT 1.0 en liste encore plus de 38 000. C'est dire la vitesse à laquelle les grands fabricants ont migré vers le nouveau standard, ou plutôt qu'ils ont soigneusement évité de s'enquérir de la cause.

En 2023, l'Int'l ITC avait déjà demandé au GEC de retirer plus de cent imprimantes HP du registre EPEAT 1.0, en invoquant une règle anti-blocage déjà présente dans l'ancienne version. Rejetée, faute de critères suffisamment précis dans le texte de l'époque. Selon Tricia Judge, directrice générale et conseillère juridique de l'organisation que notre confrère Ars Technica a interrogée, HP est le seul fabricant à utiliser des mises à jour firmware de façon répétée pour verrouiller ses imprimantes, en habillant la pratique d'un argument sécurité. « Les autres ont tenté des approches intéressantes par le passé pour se créer un avantage concurrentiel », précise-t-elle, « mais ce que fait HP est unique par sa persistance et son impact sur les utilisateurs ».

HP communique depuis plusieurs années sur son engagement dans l'économie circulaire - ©tristan tan / Shutterstock
HP communique depuis plusieurs années sur son engagement dans l'économie circulaire - ©tristan tan / Shutterstock

Un standard plus strict, mais pas encore étanche

HP communique depuis plusieurs années sur son engagement dans l'économie circulaire. Or, cette dernière mise à jour touche aussi des appareils anciens, ce qui va à l'encontre de la logique de réemploi que promeut justement EPEAT 2.0. Pour HP, Dynamic Security protège les utilisateurs contre les contrefaçons et les risques de cybersécurité. Pour le syndicat des remanufacturers, c'est un mécanisme de DRM appliqué à des consommables, qui limite le choix des consommateurs et freine la réduction des déchets électroniques.

Au GEC maintenant de trancher, si le firmware 2602A/B constitue une violation directe d'EPEAT 2.0. Tricia Judge reconnaît d'ailleurs que le nouveau texte ne ferme pas toutes les portes. « On n'a pas obtenu quelque chose d'aussi hermétique qu'on l'espérait, mais c'est un progrès », admet-elle. Si le GEC donne raison à l'Int'l ITC, HP devra choisir entre modifier Dynamic Security ou voir sa certification écologique compromise sur une partie de son catalogue d'imprimantes.

Source : TechSpot