Vous avez peut-être remarqué que des médecins démontent en courtes vidéos les fausses croyances sur la mammographie, sur le nouveau compte TikTok du ministère de la Santé. Avec ce compte, l’Observatoire de la désinformation en santé, installé le 21 octobre, commence sa riposte sans aucun budget dédié.

« La désinformation en santé est un lent poison mortel », a lancé la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, en installant l’observatoire avenue de Ségur. D’après un sondage Toluna Harris Interactive mené en mars auprès d’environ 2 000 personnes, 38 % des Français pensent croiser au moins une fois par mois une fausse information de santé, et un sur deux chez les plus jeunes. Le ministère a donc choisi TikTok pour lancer son compte Le CheckUp, parce que ce réseau « rassemble le plus de cas de désinformation » à ses yeux. Mais TikTok a conçu son algorithme pour mettre d’abord en avant les vidéos qui font réagir, et l’observatoire chargé de repérer les infox fonctionne sans moyens nouveaux.
Des vidéos de médecins pour répondre aux infox virales sur TikTok
Comme l'indique notre confrère Le Monde, Le Check-up est composé de courtes vidéos où des infectiologues et des gynécologues reprennent les fausses informations une à une. Octobre rose oblige, la première porte sur la mammographie. « Beaucoup de fake news circulent sur le dépistage, relayant l’idée que les effets de certains examens radiologiques, mais aussi de certains traitements, comme la chimiothérapie, seraient parfois pires que le mal », a expliqué Suzette Delaloge, présidente de l’Institut national du cancer.
Pour les prochaines vidéos, les agences régionales de santé feront remonter les « signaux faibles » repérés sur les réseaux sociaux ou sur le terrain, puis des médecins et des experts rédigeront une réponse, publiée sur TikTok et sur le site Santé.fr. Le ministère veut toucher les jeunes là où ils s’informent, et il part avec un atout. Dans une revue de 27 études menée par l’université d’East Anglia, dont nous vous parlions en mars, les chercheurs ont trouvé 3 % de désinformation dans les vidéos de professionnels de santé, contre 55 % chez les autres créateurs.
Encore faut-il que les utilisateurs de TikTok tombent sur ces vidéos. « Les algorithmes de TikTok sont conçus pour diffuser rapidement du contenu engageant », prévenait Alice Carter, qui a dirigé ces travaux. Les internautes peuvent alors voir passer une fausse information bien avant sa correction, et les médecins du Check-up devront gagner leur public vidéo après vidéo.
Une veille sans budget dédié, et le DSA en renfort
La veille quotidienne de l’observatoire sera assurée par la direction de la communication du ministère, et aucune « enveloppe spécifique » n’est prévue pour l’ensemble du dispositif. Le cabinet reconnaît seulement que cette direction va « peut-être être un peu renforcée ».
Coauteur du rapport sur la désinformation en santé remis au gouvernement en janvier, le pharmacologue Mathieu Molimard doute qu’une structure aussi légère tienne la distance. « Un observatoire, sans moyens véritables en dehors de la communication, aura du mal à courir derrière les fausses informations qui pullulent sur les réseaux sociaux et sont sans limite. On veut vider l’océan à la petite cuillère ! », a-t-il confié au Monde.
L’État attend donc aussi des plateformes qu’elles fassent leur part. Sur sa page consacrée à l’observatoire, le ministère prévoit de travailler avec elles dans le cadre du Digital Services Act, le règlement européen qui oblige les très grands réseaux sociaux à limiter les risques de leurs services. La Commission européenne applique ce texte à TikTok. En février, elle a conclu à titre préliminaire que le design addictif de l’application enfreignait le DSA, et elle réclame entre autres une modification de son algorithme de recommandation. TikTok risque une amende de 6 % de son chiffre d’affaires mondial au maximum, et la procédure est toujours en cours.
Mathieu Molimard plaide de son côté pour « un vrai service public d’informations en santé accessible à tous », qui rassemblerait les travaux de recherche et les vérifications des faits.