Le régulateur britannique Ofcom a ouvert une enquête contre Meta. Il soupçonne le groupe d'avoir lancé les photos éphémères d'Instagram sans évaluer au préalable les risques pour les enfants et les risques de contenus illégaux. Meta affirme de son côté avoir mené cet examen et prévenu l'Ofcom avant le lancement.

Instants, des photos éphémères à risque pour les mineurs
Le régulateur connaît bien le danger des messages qui disparaissent. Dans son guide d'évaluation des risques publié en décembre 2024, il classe la messagerie directe, « y compris la messagerie directe éphémère », dans les facteurs de risque liés aux échanges entre utilisateurs. Les policiers britanniques le constatent sur le terrain. Entre avril 2023 et mars 2024, 45 forces de police du Royaume-Uni ont enregistré 7 062 infractions de communication sexuelle avec un enfant, d'après l'association de protection de l'enfance NSPCC, et quand la plateforme était connue, l'échange avait eu lieu sur Snapchat dans près d'un cas sur deux. Une adolescente de 13 ans, membre du panel jeunesse de l'association, l'avait dit. « Snapchat a des messages qui disparaissent, et cela permet plus facilement de cacher des choses qu'on ne devrait pas faire », expliquait-elle.
Avec Instants, l'envoi est encore plus rapide. La photo part dès la prise de vue, sans écran de confirmation, et l'utilisateur peut seulement annuler l'envoi tant que son destinataire ne l'a pas ouverte. Meta bloque bien les captures d'écran, mais il suffit d'un second téléphone pour contourner cette protection et garder l'image.
Comme on vous l'avait expliqué, les photos disparaissent pour les utilisateurs, pas pour Meta. Instagram a mis fin au chiffrement de bout en bout de ses messages privés pour pouvoir repérer les contenus illégaux, en particulier pédocriminels. Les images d'Instants passent par cette messagerie, le groupe a donc les moyens techniques d'examiner les images échangées. Un porte-parole de Meta a d'ailleurs indiqué que l'entreprise avait « mené une analyse des risques » et informé l'Ofcom « à plusieurs reprises » avant le lancement, avec des protections renforcées par défaut pour les comptes adolescents. L'Ofcom devra dire si cette analyse tenait compte de l'envoi instantané et de la faille du second téléphone.

En Europe, Instagram tenu d'évaluer ses nouvelles fonctions
Dans l'Union européenne, le DSA impose aux très grandes plateformes en ligne, dont Instagram, d'évaluer chaque année les risques de leurs services. Elles doivent aussi le faire avant de lancer une fonctionnalité qui peut peser lourd sur ces risques, et remettre un rapport à la Commission européenne avant sa mise en ligne.
TikTok l'a appris à ses dépens. Au printemps 2024, la plateforme a lancé en France et en Espagne TikTok Lite et son programme de récompenses, qui rémunérait en points le visionnage de vidéos et les likes. Bruxelles a ouvert une procédure le 22 avril 2024, faute d'évaluation préalable des risques, car la Commission craignait des comportements addictifs chez les mineurs. Le 5 août, elle a rendu contraignant l'engagement de TikTok à retirer définitivement ce programme de l'Union européenne.
Meta est lui aussi dans le collimateur de Bruxelles. Fin avril, la Commission a estimé à titre préliminaire que le groupe ne protégeait pas assez les moins de 13 ans sur Instagram et Facebook. D'après ses chiffres, entre 10 et 12 % des enfants européens de cet âge utilisent l'un des deux réseaux. Meta n'a pas tenu compte de ce chiffre dans son évaluation des risques. Le groupe risque dans ce dossier jusqu'à 6 % de son chiffre d'affaires mondial annuel.
Au Royaume-Uni, les enquêteurs de l'Ofcom vont maintenant réunir leurs preuves. S'ils concluent à un manquement, Meta recevra d'abord une décision provisoire, qu'il pourra contester avant la décision finale.