Donald Trump veut rassurer les Américains sur les risques de l’IA sans durcir sa réglementation. Sa nouvelle Super Intelligence Force doit coordonner l’action fédérale et remettre un rapport sous 120 jours. Une annonce qui tombe à point nommé, à un mois des élections de mi-mandat.

Mark Zuckerberg, le patron de Meta, et Donald Trump. ©FotoField / Shutterstock
Mark Zuckerberg, le patron de Meta, et Donald Trump. ©FotoField / Shutterstock

Le président des États-Unis ne veut toujours pas entendre parler d’un grand tour de vis réglementaire sur l’intelligence artificielle. Il vient pourtant de créer une équipe spécialement chargée d’en examiner les risques. Annoncée le 4 octobre, la Super Intelligence Force (SIF) devra à la fois protéger les intérêts des Américains et préserver l’avance technologique des États-Unis.

Une force spéciale pour l’IA, mais pas encore de nouvelles règles

La SIF sera dirigée par Jay Clayton, directeur du renseignement national et désormais principal responsable de l’IA au sein de l’administration Trump. Autour de lui siégeront notamment le président de la Federal Trade Commission Andrew Ferguson, le responsable technologique du Pentagone Emil Michael et Scott Kupor, directeur de l’Office of Personnel Management.

Le groupe doit coordonner les échanges de Washington avec les consommateurs, les organisations d’intérêt public et religieuses, les opérateurs d’infrastructures critiques et les entreprises d’IA. Le choix d’inclure explicitement les organisations religieuses dans cette liste interpelle, sans qu’un rôle particulier leur soit pour l’instant attribué.

Jay Clayton et sa task force disposent maintenant de 120 jours pour remettre un rapport sur les risques et les opportunités de l’IA, ainsi que sur le rôle que devrait jouer l’État fédéral. Le groupe examinera notamment les mécanismes actuels de signalement des piratages et autres incidents, puis pourra proposer de renforcer la réponse des autorités.

Pour l’Américain moyen, la promesse tient donc surtout à une meilleure coordination en cas de problème. Aucune nouvelle protection juridiquement contraignante n’accompagne pour l’instant l’annonce.

L'autorégulation et les promesses de bonne conduite

Super Intelligence. Le nom en lui-même n’est pas innocent. Quelques jours plus tôt, le 29 septembre, Donald Trump avait ordonné à l’exécutif fédéral de remplacer autant que possible les termes Artificial Intelligence et AI par Super Intelligence et SI dans ses communications officielles. Derrière ce changement de vocabulaire, la définition juridique utilisée reste pour l’heure celle de l’intelligence artificielle.

Le même jour, les dirigeants de NVIDIA, xAI, OpenAI, Anthropic, Meta et Google avaient signé avec la Maison-Blanche un accord sur la sécurité de l’IA. Contrôles internes, équipe interne de vérification, audit extérieur et supervision par un comité indépendant du conseil d’administration figurent parmi les quatre niveaux de contrôle avancés. Trump le présente comme moralement contraignant, mais le document ne prévoit aucune sanction spécifique pour une entreprise qui déciderait de ne pas s’y conformer.

La ligne de Washington ne change donc pas fondamentalement : davantage de coordination, mais toujours une nette préférence pour les engagements volontaires plutôt que pour de nouvelles obligations. Trump estime que les garde-fous juridiques existants sont suffisants et craint qu’un encadrement plus lourd ne handicape les entreprises américaines face à la Chine.

À un mois des midterms, le calendrier n’est pas anodin

Cette nouvelle démonstration d’attention portée à la sécurité de l’IA intervient un mois avant les élections de mi-mandat du 3 novembre (renouvellement de toute la Chambre des représentants et d'environ un tiers du Sénat). Et le sujet commence à peser dans l’opinion.

Un sondage Reuters/Ipsos publié le 22 septembre montre que 73% des Américains craignent que les entreprises d’IA n’en fassent pas assez pour prévenir de graves dommages à la société. La même proportion juge prioritaire de développer l’IA de manière sûre et responsable, contre 23% qui privilégient le maintien de l’avance américaine dans la course mondiale.

Même si rien ne permet d’affirmer que la création de la SIF répond uniquement à une logique électorale, son annonce donne à Donald Trump, à trente jours du scrutin, l’occasion d’afficher une réponse aux inquiétudes des électeurs sans infléchir sa ligne réglementaire.

Source : Reuters