Open Cosmos lève le voile ce lundi sur ConnectedCosmos, une constellation de 192 satellites en orbite basse pensée pour la souveraineté européenne. Avec l'idée d'offrir aux États un réseau sécurisé qui ne dépend ni des câbles sous-marins, ni des stations au sol.

Des satellites de la future constellation ConnectedCosmos, prêts dans une salle d'intégration d'Open Cosmos. © Open Cosmos
Des satellites de la future constellation ConnectedCosmos, prêts dans une salle d'intégration d'Open Cosmos. © Open Cosmos

Avec ConnectedCosmos, Open Cosmos a dévoilé ce lundi 5 octobre 2026 les contours de sa constellation dite « souveraine » de 192 satellites destinés à l'orbite basse, constellation pensée pour l'Europe. L'entreprise, basée sur le campus britannique de Harwell, dont les usines peuvent sortir jusqu'à un satellite par jour, vise plus de 96 engins en orbite d'ici fin 2028, et une couverture mondiale complète d'ici 2030. Cette annonce intervient quelques semaines après une levée de fonds de 300 millions d'euros, qui place l'entreprise sur le terrain de la connectivité sécurisée sur le Vieux continent, face à Starlink notamment.

Open Cosmos dévoile ConnectedCosmos, la constellation qui fait passer les données par l'espace plutôt que par les câbles sous-marins

Aujourd'hui, l'essentiel des données qui traversent la planète emprunte des câbles posés au fond des mers ou des antennes au sol, parfois considérés comme trop faciles à couper ou à compromettre. ConnectedCosmos prend le chemin inverse grâce aux O-ISL, que l'on peut traduire par « liaisons optiques intersatellites ». Au lieu de redescendre vers une station terrestre à chaque étape, les données sautent d'un satellite à l'autre grâce à des signaux lumineux, comme un témoin passé de main en main dans une course de relais qui aurait lieu… au-dessus de nos têtes. Les images brutes, flux vidéo ou copies de grandes bases de données voyageraient ainsi en orbite, en évitant les câbles sous-marins compromis et les infrastructures terrestres potentiellement hostiles.

Évidemment, les propriétés avancées sont d'autant plus importantes que le brouillage et les cyberattaques sont une menace grandissante, et pour les opérations critiques, la sécurité du réseau est fondamentale. ConnectedCosmos est d'ailleurs conçu pour tenir bon lorsque les signaux de navigation par satellite, ceux du GPS ou de Galileo, sont brouillés ou perturbés. Tout l'intérêt, pour Open Cosmos, est de proposer aux gouvernements, institutions et entreprises une alternative européenne crédible aux solutions existantes.

Surtout, Open Cosmos pense que l'observation de la Terre et les télécoms doivent être liés. ConnectedCosmos servira de tuyau de transmission à ses satellites d'imagerie, qu'ils soient dédiés à un client ou mutualisés au sein d'OpenConstellation, et s'articulera avec son offre IoT. Le but est de former une seule chaîne sécurisée, de la donnée brute à l'information prête à éclairer une décision. Le fondateur et PDG de la société installée dans l'Oxfordshire, Rafel Jordà Siquier, affirme que son service « va au-delà de la simple connectivité ».

Un satellite ConnectedCosmos encore sous protection. La mention « Remove Before Flight » semble signaler un élément à retirer juste avant le lancement. © Open Cosmos

192 satellites, et ce n'est qu'un début

Open Cosmos évoque une constellation de 192 satellites. Rafel Jordà Siquier reconnaît l'annoncer « après une longue attente », mais il prévient aussitôt qu'il ne s'agit que d'un point de départ : « Ces 192 satellites constituent un socle, et non une limite. » Si les clients réclament plus de capacité, l'entreprise promet de la fournir rapidement. Elle réfléchit aussi à ouvrir son réseau à d'autres systèmes européens (peut-être IRIS2 ?), détenus et exploités par d'autres acteurs, qui pourraient s'y brancher, un peu comme plusieurs réseaux partageant la même autoroute, mais chacun garderait ici ses priorités nationales, commerciales ou institutionnelles. ConnectedCosmos en serait la pièce centrale, et chaque nouveau venu rendrait l'ensemble « plus solide, plus performant et plus précieux ».

Détail important, Open Cosmos dispose désormais des moyens de ses premières ambitions. Le 14 septembre, il y a moins d'un mois donc, la société qui fêtait ses dix ans d'existence l'an passé a annoncé une levée de 300 millions d'euros menée par Lightrock, aux côtés notamment d'ETF Partners et de l'Institut Català de Finances. Cet argent doit lui permettre d'étendre sa production en série de satellites et d'étoffer ses services de connectivité et de renseignement. Avec quatre usines en Europe et présente au Royaume-Uni, en Espagne, au Portugal et en Grèce, Open Cosmos revendique plus de 370 millions de dollars de contrats en trois ans et demi, et cinq années consécutives de croissance rentable. Les infrastructures spatiales deviennent « aussi essentielles que l'énergie, les réseaux numériques et les transports », rappelle son patron.

Alors bien sûr, il va faut mettre tous ces satellites en orbite. Les deux premiers ont décollé en janvier à bord d'une fusée Electron de Rocket Lab (pas ultra souveraine, pour le coup), et le prochain lancement est prévu d'ici la fin de l'année. Open Cosmos dit aussi négocier avec plusieurs opérateurs de fusées pour d'autres missions entre fin 2026 et mi-2027, et le rythme devra nettement s'accélérer pour dépasser les 96 satellites en orbite fin 2028. Avec les milliers de satellites de Starlink et les centaines d'appareils Amazon Leo déjà en orbite basse, Open Cosmos assume une constellation qui se juge moins à son nombre d'engins qu'à ce qu'elle permet de faire en toute sécurité.