L'industriel franco-italien Thales Alenia Space a officialisé, il y a quelques jours, son partenariat avec Eutelsat pour la constellation IRIS2, qui aboutira à équiper 330 satellites européens de charges utiles sécurisées, pour un contrat qui dépasse les 3 milliards d'euros.

Vue d'artiste de la future constellation IRIS², dont les satellites en orbite basse et moyenne communiqueront entre eux via des liaisons laser pour garantir une connectivité sécurisée et permanente. © Thales Alenia Space
Vue d'artiste de la future constellation IRIS², dont les satellites en orbite basse et moyenne communiqueront entre eux via des liaisons laser pour garantir une connectivité sécurisée et permanente. © Thales Alenia Space

Ce fut l'une des grandes annonces du Sommet international de l'espace de Paris, elle concerne la constellation européenne de satellites dite « IRIS2 », et elle confirme l'accélération d'un chantier spatial hors norme. La constellation IRIS2, portée par l'Union européenne pour garantir son indépendance numérique, prend enfin forme industrielle avec la répartition des rôles entre grands noms du secteur. Le programme à plusieurs milliards d'euros, plonge avec ce dernier contrat entre Thales Alenia Space et Eutelsat dans une vraie phase industrielle, avec un calendrier de lancement désormais fixé.

Un contrat de plusieurs milliards pour verrouiller la souveraineté spatiale avec IRIS2

Thales Alenia Space, coentreprise détenue par le Français Thales (67 %) et l'Italien Leonardo (33 %), a paraphé un protocole d'accord avec Eutelsat portant sur la fourniture des charges utiles gouvernementales de 330 satellites IRIS2 en orbite basse. On parle ici de l'électronique embarquée qui transforme un simple engin en relais de télécommunications. Cette seule tranche pèse environ 500 millions d'euros, sur un contrat global qui devrait dépasser les 3 milliards d'euros pour l'industriel français. Eutelsat fait partie du consortium SpaceRISE, aux côtés de SES et Hispasat, qui en association avec la Commission européenne fait d'IRIS2 le tout premier partenariat public-privé de ce type jamais bâti en Europe.

Ce contrat pharaonique est prévu pour se déployer en deux temps. La première vague, IRIS2² Layer One, comptera 66 satellites qui transmettront leurs donées sur une fréquence radio appelée bande Ka. Leur lancement est prévu dès 2029, avec Airbus Defence and Space chargé de construire la « plateforme », c'est-à-dire le châssis du satellite, distinct de l'électronique de communication confiée à Thales Alenia Space. La seconde vague, Layer Two, réunira 264 satellites combinant deux fréquences, les bandes Ku et Ka, avec un décollage programmé dès 2030 et des plateformes signées Aerospacelab. Pour fonctionner comme un seul réseau, l'ensemble communiquera directement grâce à des liaisons laser entre satellites, et sera réparti sur plusieurs orbites afin de renforcer la résilience globale du système. Ceux de cette première couche évolueront à environ 1 200 kilomètres d'altitude, en orbite basse.

Dans les deux cas, c'est bien Thales Alenia Space qui conçoit les charges utiles numériques, le cœur intelligent de chaque satellite. Une vraie responsabilité pour l'industriel, et une fierté pour son PDG, Hervé Derrey, ravi de « fournir l'ensemble des charges utiles de télécommunications gouvernementales » de cette flotte. Reste à savoir ce que ces satellites embarqueront concrètement une fois en orbite.

Le logo officiel du programme IRIS², la constellation satellite sécurisée de l'Union européenne. © Commission européenne

Une constellation taillée pour la 5G spatiale et la souveraineté numérique

Sur le plan technique, IRIS2 ambitionne de devenir le tout premier réseau 5G diffusé depuis l'espace, avec un niveau de sécurité renforcé. Chaque satellite embarquera des antennes dites « actives », capables de concentrer la puissance du signal sur une zone précise, plutôt que de l'arroser uniformément, un peu comme une lampe torche qu'on ajuste selon sa cible. Une puce électronique sur-mesure viendra encore affiner cette flexibilité. Son autre atout, c'est que les données pourront transiter directement d'un satellite à l'autre en orbite, sans repasser systématiquement par une station au sol, tout en filtrant activement les interférences et en sécurisant les échanges de bout en bout, ce qui permettra un niveau de cybersécurité inédit pour ce type d'infrastructure.

Les 330 satellites en orbite basse censés composer la constellation ne forment qu'une partie du dispositif. Car 18 autres satellites seront positionnés bien plus haut, carrément en orbite dite « moyenne », c'est-à-dire à 8 000 kilomètres d'altitude. Ensemble, ils offriront des communications chiffrées aux gouvernements, aux armées et aux services de gestion des urgences, tout en ouvrant des débouchés commerciaux auprès des entreprises. Mais IRIS2 ne se limitera pas aux télécoms. La constellation servira aussi de relais pour d'autres programmes spatiaux européens, comme les satellites d'observation de la Terre ou de navigation, en leur permettant de transmettre leurs données plus vite vers le sol.

Alors évidemment, à terme, l'enjeu majeur autour de la constellation, c'est celui de la souveraineté. Aujourd'hui, l'immense majorité des communications satellitaires européennes dépendent d'opérateurs étrangers, à commencer par le surpuissant américain Starlink, bientôt concurrencé par un Amazon Leo qui, et c'est une bonne chose, travaille main dans la main avec ArianeGroup. Une dépendance risquée, puisqu'une entreprise privée non-européenne pourrait, en théorie, couper l'accès à ces services du jour au lendemain. Avec ce protocole d'accord, Thales Alenia Space et ses partenaires industriels posent une nouvelle pierre vers l'indépendance spatiale de l'Europe : les premiers satellites doivent décoller dès 2029, avant une montée en puissance progressive jusqu'au déploiement complet des services gouvernementaux, espéré autour de 2030.