Airbus annonce vendredi avoir livré à Eutelsat un premier lot de 32 satellites OneWeb de nouvelle génération, fabriqués à Toulouse. Ils ouvrent le renouvellement de la constellation européenne en orbite basse, un programme qui prévoit 669 nouveaux satellites.

Bien calés dans leurs conteneurs de transport, les premiers satellites OneWeb de nouvelle génération sont prêts à quitter Toulouse pour leur site de lancement aux États-Unis. © Airbus Defense and Space
Bien calés dans leurs conteneurs de transport, les premiers satellites OneWeb de nouvelle génération sont prêts à quitter Toulouse pour leur site de lancement aux États-Unis. © Airbus Defense and Space

Les premiers satellites OneWeb de nouvelle génération signés Airbus ont quitté la chaîne de production toulousaine, direction Eutelsat, comme on l'a appris ce vendredi 2 octobre 2026. Le lot de 32 engins, en cours de préparation pour l'expédition, n'est qu'un amuse-bouche, certes, puisque l'opérateur français en attend 669 au total, pour remplacer une flotte lancée à partir de 2019 qui commence (déjà) à accuser son âge. Avant de rejoindre l'espace, ces satellites européens devront pourtant traverser l'Atlantique, puisque c'est depuis les États-Unis qu'ils prendront leur envol.

Une constellation OneWeb qui fait peau neuve

Plus de 600 satellites, répartis sur douze plans orbitaux, tournent aujourd'hui sous la bannière OneWeb. Ils évoluent en orbite basse (LEO), vers 1 200 km d'altitude, soit près de trente fois plus près de nous que les satellites géostationnaires classiques. Le signal fait ainsi l'aller-retour bien plus vite, ce qu'apprécient les entreprises, gouvernements et institutions clients d'Eutelsat, car rappelons-le, le réseau ne vise pas directement les particuliers. Seulement voilà, les doyens de la flotte arrivent en bout de course. Leurs successeurs ne se contenteront pas de boucher les trous, pusqu'ils sont conçus pour s'intégrer aux réseaux 5G terrestres.

Pour que le service ne connaisse aucun trou d'air, Eutelsat a cumulé les commandes. D'abord 100 satellites fin 2024, puis 340 en janvier dernier, et enfin un feu vert pour 229 de plus en septembre, une rallonge estimée à un milliard d'euros, une somme rondelette. De quoi entretenir et étoffer OneWeb jusqu'en 2034. Jean-François Fallacher, le directeur général d'Eutelsat, savoure « un moment électrisant », gage selon lui de l'engagement du groupe envers des clients qui comptent sur cette connectivité.

Sur la ligne de production d'Airbus à Toulouse, les satellites OneWeb de nouvelle génération passent par l'étape d'intégration finale, emmitouflés dans leur belle couverture isolante dorée. © Airbus Defense and Space

Airbus relocalise sa production de satellites en Europe, mais pas encore leur décollage

Pour Airbus, ce premier lot a des airs de retour à la maison. Les quelque 600 satellites OneWeb actuellement en orbite avaient pour l'essentiel été assemblés en Floride, dans une usine détenue à parts égales avec OneWeb. Eutelsat a hérité de cette participation en rachetant OneWeb en 2023, avant de la revendre à Airbus début 2024. L'avionneur européen a alors rapatrié la production en série à Toulouse, sur une chaîne de montage toute neuve.

Pour Alain Fauré, directeur d'Airbus Space Systems, cette livraison « symbolise notre relocalisation industrielle » et confirme que le groupe sait livrer des satellites « en grand nombre et à un rythme soutenu ». De quoi asseoir sa crédibilité sur le marché des constellations, ces essaims de satellites qui travaillent en réseau, portés par Starlink et Amazon Leo, un marché qu'il juge « de plus en plus critique ».

Dans l'usine Airbus, un bras robotisé équipé d'un scanner 3D passe un satellite OneWeb au crible pour vérifier ses dimensions au millimètre près. © Airbus Defense and Space

L'ironie de l'histoire, c'est peut-être que ces satellites européens s'élanceront depuis les États-Unis, sur un lanceur que le communiqué ne nomme pas, mais qui devrait très probablement être SpaceX, la société d'Elon Musk. Ariane 6 n'entrera dans la danse qu'en 2027 et 2028, avec deux missions déjà réservées. Quand on connaît le côté gargantuesque de Starlink et de ses 11 000 satellites, oui, OneWeb paraît bien frêle, mais son altitude plus élevée lui permet de couvrir le globe avec beaucoup moins d'engins. Ces nouveaux satellites, qui ont été pensés pour être compatibles avec la future constellation européenne IRIS², doivent assurer la jonction en attendant ses premiers services, espérés dès 2029. C'est la preuve de la « capacité à construire et à maintenir une capacité LEO mondiale » de l'Europe, pour Jean-François Fallacher.