Aujourd'hui, Ariane 6 décolle en configuration 64 avec quatre boosters et 32 satellites Amazon Leo. Une première européenne qui marque l'entrée en service de la version la plus puissante du lanceur. En voici les principaux chiffres.

Ariane 6, demandez le programme ! © Alexandre Boero / Clubic
Ariane 6, demandez le programme ! © Alexandre Boero / Clubic

C'est le grand jour pour le lanceur européen. À Kourou, en Guyane française, Ariane 6 s'apprête à réaliser un bel exploit, à savoir envoyer 32 satellites en orbite basse grâce à sa version musclée à quatre boosters, une première pour l'Europe. La mission VA267 de cet après-midi marque le premier lancement commercial du lanceur Ariane en version 64 et inaugure un contrat de 18 missions avec Amazon pour déployer sa constellation Leo, concurrente désignée de Starlink.

Ariane 6 grimpe à 62 mètres avec sa nouvelle configuration maximale

Ariane 6 arbore aujourd'hui une configuration jamais vue. Avec ses quatre boosters P120C accrochés au corps central, contre deux habituellement, « Ariane 64 » culmine à 62 mètres de hauteur, soit 6 mètres de plus qu'en version Ariane 62. Au décollage, 800 tonnes devront être arrachées à la gravité terrestre, un défi qui nécessite 15 000 kN de poussée combinée (soit environ 1 500 tonnes de force), presque le double du poids de la fusée. Le moteur cryogénique Vulcain 2.1, installé au cœur de l'étage principal, développe pour sa part 1 370 kN de poussée avec son mélange hydrogène-oxygène liquide.

Chaque booster P120C développe 3 700 kN de poussée (soit environ 370 tonnes de force), l'équivalent de plusieurs centaines de moteurs d'avion de ligne réunis. La puissance est telle qu'au décollage, ces quatre tubes de 22 mètres fournissent plus de 90% de la poussée totale. De quoi faire trembler le pas de tir guyanais. Ces propulseurs fonctionnent avec un propergol solide, principalement du perchlorate d'ammonium fabriqué dans les usines toulousaines d'ArianeGroup. Une fois allumés sept secondes avant le décollage, il est impossible de les éteindre, car ils brûlent à plein régime pendant 2 minutes et 25 secondes avant de se détacher automatiquement grâce à un mécanisme pyrotechnique ultra-précis, façon Lego spatial.

Pour transporter 32 satellites, la fusée s'est offert une garde-robe XL. Sa coiffe protectrice mesure désormais 20 mètres de hauteur, contre 14 mètres habituellement. À l'intérieur, un dispenseur sophistiqué éjectera chaque satellite individuellement durant la mission, mais dans le détail, Arianespace nous expliquait la veille depuis Kourou que les satellites seraient lâchés trois par trois. La capacité d'emport grimpe à 20 tonnes en orbite basse terrestre (LEO), du jamais vu pour Ariane 6.

Les 32 satellites Amazon Leo sont encapsulés ici. © Arianespace
Les 32 satellites Amazon Leo sont encapsulés ici. © Arianespace

Une chorégraphie spatiale d'1h54 à 465 km d'altitude

Le décollage est prévu entre 17h45 et 18h13, heure de Paris, soit entre 13h45 et 14h13 heure locale à Kourou, en Guyane française. Cette fenêtre de tir de 28 minutes offre une marge de manœuvre pour d'éventuels ajustements de dernière minute liés aux conditions météorologiques ou techniques. Encore une fois, les équipes qui s'occupent du lancement nous rappellent qu'une fusée peut techniquement décoller sous la pluie.

La mission VA267, également désignée LE-01 par Amazon (Leo Europe 1), durera exactement 1 heure et 54 minutes, du décollage à la séparation du dernier satellite. Le moteur Vinci de l'étage supérieur, d'une poussée de 180 kN, est capable de se rallumer en plein vol, une prouesse technique rare. Deux allumages successifs, le premier huit minutes après le décollage, le second une heure plus tard, permettront de placer les 32 satellites exactement à 465 km d'altitude en orbite basse. Le troisième interviendra au bout de 2h42.

Entre chaque largage, un moteur auxiliaire APU (Auxiliary Propulsion Unit) corrigera automatiquement la trajectoire pour compenser le changement de masse après chaque éjection. Les satellites se retrouveront parfaitement espacés en orbite. Une fois tous déployés, le moteur Vinci s'allumera une dernière fois pour faire redescendre l'étage supérieur de manière contrôlée, histoire de ne pas polluer l'espace avec des débris.

C'est ici que se trouve le Centre de contrôle du Centre spatial guyanais, avec le bâtiment Jupiter 2. © Alexandre Boero / Clubic

212 satellites Amazon Leo en orbite, et ce n'est qu'un début

Cette mission propulse de nouveaux satellites de la constellation Amazon Leo vers l'espace, fabriqués dans l'usine d'Amazon située à Kirkland, dans l'État de Washington aux États-Unis. Après ce lancement réussi, 212 engins du géant américain seront en orbite terrestre basse, entre 590 et 630 km d'altitude opérationnelle. Mais l'objectif final est bien plus ambitieux, puisqu'Amazon veut déployer 3 000 satellites au total pour tisser un réseau mondial capable de fournir une connexion internet rapide et fiable aux zones encore privées d'accès aux réseaux existants. Et la Commission fédérale des communications américaine (FCC) vient d'autoriser Amazon à déployer 4 500 nouveaux satellites, soit précisément 7 700 à plus long terme. Starlink en compte près de 9 000.

Amazon a commandé 18 missions à Arianespace pour déployer sa constellation satellite après satellite, un partenariat qui représente plusieurs années de travail garanti pour le lanceur européen. Les prochains lancements devraient embarquer encore plus de satellites Amazon Leo, nous souffle l'entreprise. Ce jeudi, il s'agit en tout cas du premier lancement d'Ariane 6 au profit d'un client commercial, après quatre succès consécutifs réalisés en 2025 pour des missions institutionnelles.

ArianeGroup, de son côté, accélère la cadence de production et de lancement. Huit tirs sont prévus en 2026, neuf dès 2027, contre seulement quatre en 2025. Et cette montée en puissance s'accompagne déjà de l'arrivée des nouveaux boosters P160C attendus cette année, encore plus performants. L'Europe spatiale affiche donc ses ambitions face à Starlink d'Elon Musk et OneWeb du Français Eutelsat dans la bataille commerciale des constellations en orbite basse. Avec Ariane 64 et ses performances impressionnantes, le Vieux continent prouve qu'il dispose d'un lanceur modulaire, polyvalent et capable de jouer dans la cour des grands.