Orange et Telesat ont inauguré la première gateway européenne dédiée à la constellation satellite Lightspeed, installée dans l'Aube. Cette infrastructure doit garantir une connectivité sécurisée et à faible latence aux entreprises et administrations européennes.

C'est une première pour l'écosystème spatial européen. Hébergée au téléport de Bercenay-en-Othe, une antenne dernier cri qui doit connecter la future constellation en orbite basse de Telesat au réseau très haut débit d'Orange jusqu'à un point de présence parisien, a été inaugurée. Les deux partenaires, qui en ont fait l'annonce le jeudi 17 septembre, misent sur cette infrastructure pour séduire toutes les entreprises et administrations en quête d'une connectivité fiable, sécurisée et peu gourmande en délai de transmission, avec une caution française et canadienne, Telesat étant un opérateur de satellite de télécommunications canadien. Cette mise en service doit préparer le terrain avant le lancement commercial de Lightspeed, prévu début 2028.
Orange et Telesat ouvrent une nouvelle ère de connectivité satellite en Europe
Ce téléport d'Orange, on parle ici d'une station au sol dédiée aux communications satellites, est installé à dans l'Aube. Il est certifié Tier-4 par la World Teleport Association, un label haut de gamme qui récompense la fiabilité et la sécurité des infrastructures les plus critiques. De quoi rassurer sur la solidité du site, sa résistance aux pannes et sa capacité à accueillir rapidement de nouvelles technologies. La station est désormais équipée d'antennes de dernière génération du Sud-coréen Intellian Technologies. Contrairement aux satellites classiques qui restent fixes dans le ciel, ceux de la constellation Lightspeed filent en orbite basse à toute vitesse. Ces antennes doivent donc les suivre en continu, sans perdre le signal, pour garantir une connexion stable.
Dans les grandes lignes, cette gateway joue les intermédiaires entre les 225 premiers satellites qui doivent composer la constellation Lightspeed et le reste du réseau d'Orange, lui-même l'un des principaux opérateurs télécoms et fournisseurs de services numériques au monde. Les données envoyées depuis l'espace ne peuvent pas rejoindre directement un ordinateur ou un serveur au sol : elles doivent d'abord transiter par une antenne comme celle de Bercenay-en-Othe, qui fait le lien entre le satellite et le réseau terrestre classique. Une fois captées, ces données emprunteront ensuite les câbles très haut débit d'Orange jusqu'au futur point de présence parisien de Telesat.
Jean-Louis Le Roux, directeur des réseaux internationaux chez Orange, se dit « très heureux d'accueillir cette nouvelle gateway » dans le téléport aubois. Un site qui, selon lui, « renforce non seulement notre position dans l'écosystème spatial », donc la place d'Orange parmi les acteurs des télécoms qui misent sur le satellite, « mais soutient également nos efforts » pour répondre à une demande grandissante de connectivité sécurisée. Une manière, aussi, de faire de Bercenay-en-Othe un futur point de passage incontournable pour les réseaux satellitaires de nouvelle génération en Europe.
Un tremplin vers le lancement mondial de Lightspeed en 2028
Cette mise en service n'est qu'une étape vers le grand déploiement mondial de Lightspeed, annoncé pour le premier trimestre 2028. Le réseau mise sur des liaisons optiques entre satellites, ce qui veut dire qu'au lieu de redescendre vers la Terre à chaque étape, les données peuvent voyager directement d'un satellite à l'autre grâce à des faisceaux laser, jusqu'à atteindre une station Telesat ou une installation privée. Concrètement, elles passent moins de temps à transiter par des infrastructures terrestres tierces, ce qui limite les points de passage vulnérables. Un atout revendiqué pour la souveraineté numérique des clients gouvernementaux et de défense, soucieux de garder un contrôle maximal sur leurs informations sensibles.
Côté canadien, Telesat, qui possède et exploite les satellites de la constellation Lightspeed, est coté en Bourse à New York et à Toronto, et se présente comme l'un des plus grands acteurs mondiaux du secteur. Son directeur commercial, Glenn Katz, qualifie Orange de « partenaire stratégique précieux » dans le déploiement de son infrastructure terrestre, comprendre : l'ensemble des antennes et réseaux au sol, comme celle de Bercenay-en-Othe, indispensables pour relier les satellites aux utilisateurs. Il ajoute avoir « hâte d'explorer de nouvelles opportunités de collaboration » pour étendre cette connectivité « résiliente » aux clients d'Orange en Europe, en Afrique et dans d'autres régions du globe.
En combinant le savoir-faire spatial de Telesat aux 60 ans d'expérience d'Orange dans la connectivité satellite, les deux groupes espèrent rendre les réseaux mondiaux plus solides face aux pannes ou aux coupures, et apporter internet aux régions du globe encore mal couvertes par la fibre ou la 4G, comme certaines zones rurales ou montagneuses. De quoi s'inviter, à sa manière, dans la course que se livrent déjà plusieurs constellations de satellites en orbite basse, à l'image de Starlink (SpaceX), Amazon Leo et la future IRIS2, d'Eutelsat. Fort de ses 340 millions de clients répartis dans 26 pays, Orange compte bien y trouver sa place.
On peut légitimement s'interroger sur la portée réelle de cette « souveraineté numérique », dans la mesure où la technologie et les satellites restent pilotés par une entreprise canadienne. Mais l'argument tient au moins pour la partie terrestre, hébergée et opérée en France par Orange.